Des sens

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mercredi 10 mars 2010

Le jour où tous ces doux minous bondiraient vers le ciel

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"Vers libres" de Radiguet (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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Le soleil brillait, l'air était frais mais peuplé de brises tièdes, les gens avaient l'air gai, et il me sembla que toute cette allègre atmosphère allait se précipiter sous ta robe, la gonfler comme un ballon captif, la retourner comme un parapluie, découvrant un bas-ventre qui serait forcément nu et que tu t'envolerais au milieu des rires et des cris de terreur ravie, tu lâcherais les bagages comme des sacs de sable dans les romans de Jules Verne, tu t'élèverais doucement dans le ciel, sans que je puisse te retenir par une ficelle, je renverserais la tête pour mieux voir tes entrées par en-dessous, tes jambes de nageuse pédalant dans le ciel, le haut du corps caché par la corolle blanche de la robe et puis, nouveaux hauts cris, ce serait le tour de la marchande de quatre saisons, ses grands yeux noirs, son visage aux beaux méplats disparaîtraient dans l'entonnoir de sa jupe à ramages soudain relevée vers le ciel, et le tablier bleu, en partie détaché, flotterait comme un oriflamme derrière elle tandis qu'elle s'élèverait au-dessus des aubergines noires comme la mort et des abricots doux comme des joues. La marchande non plus ne porterait pas de culotte, et tout le monde pourrait voir que c'est une vraie brune, et puis suivrait la directrice d'école, tout aussi déculottée et plus d'un élève serait là pour la révélation trop tardive et fugace de sa touffe quinquagénaire s'éloignant et encore deux trois quatre passantes, et même la dame de la laverie, avec ses jambonneaux et son mont chauve, et la petite vieille en train d'acheter un concombre : on ne verrait bientôt plus que lui brandi par-dessus le rebord soulevé haut de sa robe de veuve, en décollant elle nous révèlerait entre ses genoux cagneux à quel point par là elle était bien conservée et l'on comprendrait aussitôt son hygiénique secret : dès les premiers beaux jours, depuis 1944, mettre sa vulve à l'air libre, et aussi la lycéenne en minijupe et toutes, craquettes parfaites à leurs premières galipettes, chattes musclées au long d'innombrables gouttières, organes blanchis sous le harnais aux longues lèvres lissées d'usures, tous ces doux minous bondiraient vers le ciel, toutes les sans-culottes de la rue - quelle surprise, qui eût cru qu'il y en eût tant ? - toutes les sans-culottes auraient le privilèges de s'envoler en premier, après viendraient les culottées, et l'on verrait beaucoup de "Petit Bateau" naviguer dans le ciel, et aussi de la dentelle noire, des strings, des choses ajourées, le catalogue des petites perversions pépères par correspondance, et enfin les grosses culottes roses, ces espèces d'infects sacs nylon assortis aux terrifiantes gaines auraient bien du mal à s'élever, et toutes ces dames, les impudiques et les autres rejoindraient sur les toits leurs hommes en train de marner pour retrouver sous les tuiles la plage, et l'on s'étreindrait sur le sable chaud, seules resteraient en bas, bien seules, bien fait, les femmes en pantalon.

Passage de "Je te dirai tout" de Serge QUADRUPPANI ( grand merci Lo !)

lundi 1 mars 2010

Musée secret

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Praxitèle « Vénus de Cnide » (cliquez sur les photos pour les agrandir)

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Musée Secret

Des déesses et des mortelles

Quand ils font voir les charmes nus,

Les sculpteurs grecs plument les ailes

De la colombe de Vénus.

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Sous leur ciseau s'envole et tombe

Ce doux manteau qui la revêt,

Et sur son nid froid la colombe

Tremble sans plume et sans duvet

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O grands païens, je vous pardonne;

Les Grecs enlevant au contour

Le fin coton que Dieu lui donne,

Ôtaient son mystère à l'amour.

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Mais nos peintres, tondant leurs toiles

Comme des marbres de Paros,

Fauchent sur les beaux corps sans voiles

Le gazon où s'assied Éros.

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Théophile Gautier in Lettres à la Présidente, Ed l'Or du Temps, 1968

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(petite précision, j'ai choisi exprès une photo d'une jeune demoiselle, d'une adolescente, juste pour montrer combien la "chasse" aux poils est précoce...)

Voir la page de Pierre Griffet au sujet de "Le regard d'un homme féministe sur les poils des femmes, symboles de leur féminité".

vendredi 26 février 2010

Souffrir pour être belle

Vous souvenez-vous de ce billet ? Un de mes coups de gueule : Que voyez-vous ici, un côté SM, une dénonciation, ou autre chose encore ? Eh bien je suis ravie de découvrir une vidéo qui met également les "pieds", si je puis me permettre, dans le même plat que moi.


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Je ne sais pas vous, mais cela me donne la nausée. Et que des photographes utilisent cela pour "érotiser" soit-disant les femmes, sculpter le corps féminin, arff... une abomination de plus.

La nuit mène une existence obscure

Une découverte pour moi cette vidéo sensuelle, pleine de rêve, et si envoutante de Nicolas Repac.


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Quand la lune n'est pas là... la nuit mène une existence... obscure.


dimanche 21 février 2010

Virilité

A plusieurs reprises il a été question de la virilité sur ce blog. La virilité sous plusieurs aspects. Le côté coquin avec Sous les jupes des garçons, le côté plus pratique avec Où sont passés nos hommes ?

Aujourd'hui j'ai envie de vous présenter le côté musical, sens auditif et visuel, puisque je vous propose deux vidéos.


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Le rythme et la force du tambour faisant battre nos cœurs et clamant à merveille la vie et la virilité de ceux qui en jouent. L'entendez-vous ? le sentez-vous...

mercredi 17 février 2010

C'est une cuisine où les gens vont et viennent

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Anders Schildt (cliquez sur la photo pour l'agrandir, merci Bernard !)

"C'est une cuisine où les gens vont et viennent." Arnold Wesker.

"Il faut améliorer la condition féminine : par exemple agrandir les cuisines, baisser les éviers ou mieux isoler les manches des casseroles." Wolinski.

"Tout est plus facile à dire dans une cuisine, tout y est nuancé par cette intention du partage, un appétit fait de la sève même des choses." Serge Joncour.

mardi 16 février 2010

Au sujet du désir

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"Une âme se mesure à la dimension de son désir, comme l'on juge d'avance des cathédrales à la hauteur de leurs clochers." Gustave Flaubert.

dimanche 14 février 2010

Chambre noire

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Anders Schildt

"Peu d'êtres savent voir les choses comme elles sont. Les uns aperçoivent seulement ce qu'ils veulent voir, les autres ce qu'on leur fait voir." Gustave le Bon.

jeudi 11 février 2010

L'érotisme est bien triste face à la générosité de la volupté

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Eros et Psyché

Psyché donne à Éros une fille, nommée Volupté. L'amour (Éros) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.

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Valmont (Les liaisons dangereuses) est à Don Juan ce qu'est l'érotisme à la volupté : une insensibilité, peut-être une impuissance, déguisées sous le masque de l'intellectualité. Je pense à ce passage du livre d'Abellio, Ma dernière mémoire : "Tout le monde le sait, l'amour physique s'il est bien fait est purificateur, il rend l'âme claire et le corps léger (...). L'emportement d'érotisme de nos raisonneurs d'aujourd'hui n'est qu'un simulacre et ne témoigne que d'une impuissance au second degré, un des signes les plus clairs de la fin." Tandis que Don Juan rendait hommage aux femmes, le perfide Valmont trame tout le mal qu'il peut pour les faire chuter. Ce héros de roman nous rappelle que le Malin ne gît pas dans la sensualité mais dans la cérébralité et que l'érotisme est bien triste face à la générosité de la volupté.

Jacqueline Kelen "L'éternel masculin".

dimanche 7 février 2010

Où sont passés nos hommes ?

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Herbert James Draper (cliquez sur les illustrations pour les agrandir)

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Quand de nos jours on entend tant d'hommes effrayés s'écarter des femmes en disant : << elles veulent tout !...>> on mesure la perte de leur autonomie et de leur exigence : comme si les hommes n'avaient pas envie d'être grand pour eux-mêmes, au lieu d'obéir à l'injonction des femmes ; et comme si le fait de vouloir tout, de rechercher la perfection était un crime abominable.

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Ulysse, de Herbert James Draper (1863-1920)

Car les femmes font partie du chemin du héros, elles l'accompagnent comme guides ou tentations, fées ou sorcières. Elles sont sans doute l'air du voyage. Et l'homme au cœur aventureux sait que la forêt, la mer, la lande et la nuit qu'il traverse offre le prodige en même temps que l'épreuve, la merveille avec la diablerie. (...)

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Herbert James Draper

La femme (...) est en même temps l'éveilleuse, l'initiatrice, celle qui tend le miroir à l'homme, celle qui blesse le guerrier et répand du baume sur ses plaies ; celle qui rappelle l'exigence, comme la Dame courtoisie donne au chevalier le goût de la prouesse et rend le troubadour inventif , raffiné.

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Pleurs pour Icare, Herbert James Draper (1898)

Caresse ou incendie, la rencontre du héros avec la femme a toujours pour sens de le pousser au bout de lui-même, de l'entraîner vers sa profondeur et lui faire toucher le ciel. (...)

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Achille (musée du Louvre)

On peut dire ainsi que toute femme est fatale : elle fait partie du destin du héros. (...)

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Eros, Guido Reni (1631)

La virilité, c'est aussi ne pas faillir à son destin, ne pas esquiver les grandes rencontres, les grandes épreuves. De même qu'il n'y a pas de virilité sans vertu, il n'y a pas de héros sans éros.

Passages du livre de Jacqueline Kelen "L'éternel masculin".

vendredi 5 février 2010

Brûlant transport

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Paul Emile Bécat (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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Maman dort

Lise, ouvre à ton amant fidèle.

- Non, Lubin, vous n’entrerez pas.

- Eh bien ! à ta porte cruelle,

Je vais me donner le trépas.

- Ingrat, tu doubles ma souffrance.

- Et toi, tu doubles mon transport.

- Entre donc, mais avec prudence ;

Lubin, pas de bruit, maman dort.

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- Ma Lise, il n’est rien qui me plaise

Comme d’être assis près de toi.

Lubin, je n’ai que cette chaise,

Et l’autre est à côté, je crois.

- Pour peu que cela te convienne

Je cours la chercher tout d’abord.

- Non ! Non ! Viens partager la mienne :

Lubin, pas de bruit, maman dort.

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- Lise, sur ta bouche jolie

Laisse-moi prendre un seul baiser.

- Non, Lubin ! Cessez, je vous prie !

- Quoi, tu veux me le refuser !

Je le prends malgré ta défense.

- Pourquoi m’embrasser si fort !

- Faut-il donc que je recommence ?

- Lubin, pas de bruit, maman dort.

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- Lise, quel séduisant corsage !

Quels yeux et surtout quels appas !

- Allons, Lubin, soyez plus sage,

Finissez et parlez plus bas.

- Ah ! Cède à l’amour le plus tendre !

- Je vais crier ! (Lise aurait tort !)

-Hélas ! On pourrait bien m’entendre

Lubin, pas de bruit, maman dort.

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Observant un profond silence,

Déjà nos deux jeunes amants,

Avec l’amour d’intelligence,

Ont scellé les plus doux serments ;

Et c’est Lubin, Lubin lui-même,

Après le plus brûlant transport,

Qui répète à celle qu’il aime :

Lise, pas de bruit, maman dort.

Justin Cabassol

jeudi 4 février 2010

Il court, il court, le petit chaperon rouge

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(cliquez sur la photo pour l'agrandir)

"En 1951, Francis Blanche projette une adaptation du Petit chaperon rouge. Le titre lui paraissant quelque peu usité, il en choisit un autre : Une fille à croquer."

Extrait du livre Francis Blanche "Pensées, répliques et anecdotes".

Et pour les nouveaux venus, un petit rappel des anciens billets sur ce sujet : Attrape-moi si tu peux ! mais aussi Loup y es-tu ? et enfin L'ingénue... petit chaperon rouge.

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