Des sens

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vendredi 8 janvier 2010

Le cigare comme phallus

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(faute de trouver des illustrations de femmes avec des cigares - des illustrations qui me conviennent -, vous ne trouverez donc dans ce billet que des femmes fumant... des cigarettes, désolée)

Nul besoin d'être grand clerc pour constater que le cigare concerne vivement et directement les plaisirs de la zone buccale dont Freud raconte le détail. Or, une femme qui fait la demande d'un cigare pour apprendre à le fumer s'entendra presque toujours rétorquer que les panatellas lui conviendront à ravir : en face du désir féminin d'accéder au monde du havane, les hommes ne consentent, à priori, qu'aux formes les plus fines, les plus courtes et les moins complexes. Peut-on plus clairement entraver un désir et contrecarrer, voire réfréner la volonté de plaisir manifestée alors par les femmes ? Parvient-on mieux à mettre en évidence le souci castrateur masculin devant la demande féminine d'ouvrir un continent voluptueux ? Faut-il conclure, en analyste effectuant d'instructifs glissements, que devant l'aspiration féminine à découvrir des voluptés qu'elle ignore, il faut répondre virilement en limitant au maximum le volume convoité ?

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Henri Schlesinger (cliquez sur les illustrations pour les agrandir)

Le cigare comme phallus, donc. Vraisemblablement phallus de substitution, occasion de sublimation, telle que l'entend la psychanalyse - dérivation sur une pratique socialement acceptable de pulsions qui sinon, sur le même terrain, relèvent de l'inacceptable. Va pour l'oralité des femmes quand elle suppose le goût pris à la parole, mais méfiance, sinon interdiction, dès que l'alcool - au-delà des liqueurs... - ou autre chose que la cigarette - pipe ou cigare - fait l'objet d'investissements nettement revendiqués ! Allons pour les petits cigares, les cigarillos, les modules courts et fins, mais qu'elles ne s'avisent pas de désirer des churchills ou des lonsdales...

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Jean Lecomte du Nouy

Dedans la bouche d'une femme, le gros cigare parait obscène ou insupportable pour la référence aux sublimations de l'hédonisme oral, mais aussi parce qu'il montre une femme active, décidant et voulant la consumation. Elle ne subit pas, mais choisit. Entre ses lèvres, le cigare devient pur objet de volupté, elle objective et chosifie le phallus masculin - de quoi susciter la résistance masculine des inconscients les mieux trempés. S'emparant volontairement et délibérément d'un cigare, la femme lui impose ses rythmes, ses cadences, ses aspirations, ses succions. Là où les hommes célèbrent leur homosexualité tribale utile pour faire le monde comme il va, les femmes montrent une triple volonté de domination, de puissance et d'ascendant non dissimulé sur le réel. Dès lors, comment ne pas effrayer les hommes ?

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Clovis Trouille

De quoi relèverait donc la réaction épidermique qui associe d'évidence le cigare et le monde masculin ? D'une ancestrale crainte de castration parente du vagin denté cher au cœur des surréalistes. Dans la bouche des femmes, tout comme dans leur ventre, les hommes craignent depuis toujours de perdre leur identité, leur forme, leur intégrité. Ont-ils d'ailleurs tellement tort ? Je ne sais. Toujours est-il que, réconcilié avec moi-même, moins craintif et peureux de ces ombres qui m'avaient naguère surpris à la vue du cigare de cette passante que j'eusse aimée, je me suis immédiatement surpris à désirer ces femmes-là, celles qui revendiquent l'action, le pouvoir, la puissance, l'empire sur le réel, pour qu'enfin, à égalité, nous puissions combattre, comme le supposent les jeux amoureux, la séduction et la passion, l'érotisme et le désir, afin de découvrir, ensemble, le plaisir des existences incandescentes.

Passage du livre de Michel Onfray "L'archipel des comètes".

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J'ajouterais juste ceci, je trouve qu'il manque au texte de Michel Onfray un développement sur les femmes en Asie par exemple - ou en d'autres lieux de par le monde -, qui fument le cigare sans aucun problème. Femmes qui ne se retrouvent pas du tout dans le modèle décrit ci-dessus. Femmes en dehors de ce contexte culturel qui est le nôtre.

Alors, que pensez-vous de tout ceci, vrai, faux, ni l'un ni l'autre, les deux à la fois, affabulations, font de vérité, etc. ?

samedi 28 novembre 2009

C'est la restriction de la toile, sa limitation qui exaltent ses pinceaux

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L'amour au-delà ; Rencontre de Dante et de Béatrice au Paradis. La Divine comédie - XIVe s.. Venise (cliquez sur les peintures pour les agrandir)

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Je vous livre ici un passage du livre de Christiane Singer "Eloge du mariage, de l'engagement et autres folies", un passage qui me touche particulièrement, qui fait sens pour moi, et qui je le sais très bien va en faire réagir plus ou moins violemment certains, certaines, d'entre vous. Le voici :

"A se contenter trop longtemps de relations amoureuses sans lien et sans obligation réciproque, l'âme s'étiole. Le châtiment d'une sexualité émiettée, disséminée, morcelée n'est pas d'ordre moral. Laissons au victorianisme son arsenal punitif. Ce n'est pas notre vertu que nous perdons. C'est la vie elle-même avec ses couleurs, ses saveurs, ses empoignades, ses épreuves, ses paradoxes échevelés, son intime gloire et son désastre secret. Sans parole donnée, sans dette honorée, ce ne sont pour finir que des figurants, des fantômes qui s'accouplent. Et quand l'un prend peur et se met à appeler, il n'y a plus personne pour l'entendre. Le chapiteau est vide, les feux éteints."

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Anonyme. La Magie de l'amour - vers 1480 ; Leipzig.

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Ces quelques lignes ne sont pas à la mode, elles vont à l'encontre de ce que nous entendons du matin au soir, de ce que nous voyons affiché partout autour de nous. Elles en sont d'autant plus savoureuses à mes yeux. J'ajoute à ce premier passage ces quelques lignes encore, lignes si explicites :

"Devant une toile immense dont il ne verrait pas les bords, tout peintre aussi génial fût-il baisserait les bras. C'est la restriction de la toile, sa limitation même qui exaltent ses pinceaux. La liberté vit de la puissance des limites. Elle est ce jeu ardent, cette immense respiration à l'intérieur des limites."

Étant moi-même une farouche adversaire du mariage - après deux divorces, il n'y a pas de quoi pavoiser - je ne peux que me mettre à genoux devant autant de lucidité.

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Visage Aimable et Courtoises manières tendent leur filet pour attraper les cœurs instables ; Le Cœur d'amour épris.

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Qu'en pensez-vous ? Qu'est-ce que tout cela vous inspire ?

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Christiane Singer est également l'auteur de ce magnifique texte présenté ici : Entre ciel et chair.

mercredi 16 septembre 2009

Confession d'une amoureuse

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J'ai une confession à vous faire, je n'aime pas l'érotisme. Non je ne me moque absolument pas de vous ! quelle idée. C'est juste que depuis quelque temps je me suis mis à la philosophie, et ma conclusion personnelle, c'est que je n'aime décidément pas l'érotisme.

Mais pourquoi prétendre une chose pareille ? me direz-vous. Surtout après avoir tenu un blog dit érotique pendant deux longues années ! Je sais, c'est un peu surprenant comme révélation, comme découverte, comme prise de conscience. Un peu tardive la prise de conscience d'ailleurs. Oui, je sais. Mea culpa.

Enfin voilà, je n'aime pas l'érotisme parce que Eros n'est qu'un tordu qui s'amuse à faire souffrir tout le monde et que moi, je déteste souffrir, voilà, c'est dit. Et la pauvre "erre" que je suis de comprendre brutalement pourquoi je déteste tout ce qui est fessée, fouets et autres "amusements" du genre dit "Erotique", au rayon SM sans prétendre y toucher. Et oui mais c'est bien sûr ! eux sont dans l'érotisme !! ceux qui aiment ce genre de gâteries, et moi pas du tout, voilà l'explication.

J'aurais pu m'en apercevoir avant, me répondrez-vous. Oui, je sais. Bon, ça va bien hein, n'en profitez pas non plus ! J'aime pas les remontrances.

Mais quel rapport tout cela a-t-il avec la philosophie ?! Tous les rapports avec la philosophie !! enfin il paraît. Eros, Philia et l'autre là... ah oui ! Agapè. Car enfin, après être passée entre les mains d'Eros, personnellement, j'aime l'idée de poursuivre le chemin avec Philia ! puis avec Agapè. Aucune envie de passer mon temps au royaume de l'insatisfaction permanente, ni dans celui qui se contente de nous plaquer au sol - qui entre nous, dit en passant comme ça, est le même - en nous laissant juste un avant goût du plaisir infini, mais pas touche hein ! c'est pas pour tout le temps, c'est juste pour te tenir tranquille en attendant la prochaine équinoxe (?) de je ne sais pas quoi d'ailleurs, mais ce n'est pas grave. Débrouille-toi avec ça. Mais non ce n'est pas n'importe quoi!...

Nous n'avons pas les mêmes valeurs. Voilà comment tout ceci pourrait se résumer. Voilà pourquoi je me sens toujours comme une extra terrestre au milieu de l'érotisme. Ce n'est pas ma recherche.

Au fait ! vous êtes sur Des sens...

mardi 8 septembre 2009

Questions sur le sexe, la sexualité aujourd'hui

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Une fois n'est pas coutume, je vais vous montrer quelques réponses que j'ai donné sur un forum de discussion - au milieu de bien d'autres qui m'ont souvent fait bondir je dois bien l'avouer - avec pour sujet le sexe, la sexualité :

Le sexe est-il indispensable à la vie ?

En dehors de la reproduction de l'espèce et pour une vie épanouie, oui. C'est à dire une vie sachant découvrir toutes les possibilités d'une existence. Refuser le sexe, c'est se couper de la vie. Refuser la sexualité, c'est refuser de prendre le risque de se perdre dans l'autre, que nous pouvons dépendre de l'autre. C'est croire que nous pouvons toujours tout contrôler (prêtres, nonnes, etc...), et c'est constater les nombreuses dérives que cela engendre (viol, pédophilie).

Entre s'envoyer en l'air avec tout ce qui bouge, à chaque minute qui passe, et avoir des relations sexuelles avec une personne que nous aimons, il y a une marge.

L'homme a un instinct sadique, et la femme un instinct masochiste, lesquels sont inconscients, donc incontrôlables. Sigmund Freud.

Je n'ai pas lu Freud, mais tout ce que je peux en dire c'est que pour moi il y a à la fois du féminin et du masculin dans l'homme, et idem dans la femme. Donc autant de possibilités de sado-maso chez les uns et les autres.

Le yin et le yang, toujours.

L'orgasme féminin a-t-il une fonction, Le septième ciel utile ? ou seulement un accoté agréable du coït ?

Je vais dériver un peu alors. Pour qui a déjà vécu un phénomène de transcendance, il saura que l'orgasme - qu'il soit féminin ou masculin - est ce qui nous rapproche le plus de cette illumination. Refuser cela, c'est refuser le divin en nous. Nous refuser cela, c'est nous empêcher de vivre cette part "magique" qui nous est offerte.

Et encore ceci, oui, une personne épanouie sexuellement est moins sujette aux dépressions.

Qu'est-ce que la sexualité ?

Qu'est-ce que la sexualité ? Pour moi, c'est l'expression physique de la spiritualité. C'est reconnaître que nous ne sommes que d'infimes particules qui ne peuvent tout maîtriser. C'est exprimer au travers d'un amour l'amour universel, c'est dialoguer avec les étoiles, c'est exploser de mille feux sans chercher à tout diriger. C'est être conscient que nous faisons parti d'un tout et que ce tout nous reconnait. C'est la reconnaissance de l'univers au travers de nos cellules. Et je parle d'une sexualité heureuse bien sûr, d'une sexualité épanouie, et non d'une vente au sexe ni d'une surenchère de la bonne conscience: le sexe est un péché mes frères (le pouvoir de l'homme sur l'homme) !!

L'amour sans le faire : comment vivre sans libido dans un monde où le sexe est partout ?

Ce n'est pas le sexe qui est partout ! mais la pauvreté du sexe actuel qui s'affiche partout. C'est très différent.

Un monde dans lequel le sexe se vivrait de façon épanouie n'aurait nul besoin de s'afficher. Parle-t-on des choses qui vont bien dans ce monde ? Étale-t-on au grand jour ce qui ne pose aucun problème, aucun questionnement ?

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Et vous qu'auriez-vous répondu ?