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Ecriture en duo : Vision lointaine

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mercredi 20 février 2008

Vision lointaine (9 et fin)

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Edgar Degas (1834-1917), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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J’approchais de Béatrice.

Je parvenais jusqu’à elle par le haut de la plage et n’apercevais encore que sa large chevelure étalée sur la serviette jaune/orangée et à peine le bout de son nez émergeant d’entre ses larges lunettes de soleil ; de mon point de vue, le reste de son corps dessinait une ligne assez indistincte pointant vers la mer. Elle portait un deux-pièces uni, rouge.

Je m’attardais une ultime fois sur son corps encore bien fait, posé bien à plat sur le sable, en ligne, avant de la contourner par sa droite et de se planter face à elle

- Béatrice, comme je suis content de te…

La femme, surprise, se posa aussitôt sur son coude en ôtant vivement ses lunettes.

- Pardon ?

- Oh, je… excusez-moi, je vous ai pris pour…. Pardon !

Vivement, je retournais sur mes pas pressentant que son regard interrogateur - et peut être contrarié - me suivrait longtemps.

La folie m’envahirait-elle avec l’âge ? Quelle stupidité d’imaginer ainsi de telles rencontres ! Je me frappais le front du plat de ma main gauche en me traitant d’idiot. Comment pouvais-je croire à tout ceci alors que je savais que Béatrice avait disparu il y a plus de quinze ans lors d’un attentat contre des journalistes en Afghanistan ?

Je rentrais chez moi, déçu de moi-même.

Pourtant, aucune tristesse ne vint à moi. Le temps avait fait, depuis longtemps, son travail de nettoyage et je ne souffrais plus de cette absence. Même, j’étais heureux d’avoir ressuscité un peu de son âme.

- Ne te fais pas de soucis, Béatrice, beaucoup pensent encore à toi !

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par Claire Ogie & Yann Sayr

mardi 19 février 2008

Vision lointaine (8)

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Mais tout n’était pas fini. Eux, n’avaient pas terminé. Pas encore. Elle réclamait son dû. Il voulait sa part.

Je comprenais qu’ils avaient choisi de me satisfaire en premier lieu ; peut être, sentaient-ils confusément que je partageais mal mes amours ! Alors, généreux, à l’image de Béatrice, elle avait dû souhaiter que l’on commençât par moi. Je garderais donc toute ma vie, ce goût intense de partage dans la bouche.

Une proposition directe m’aurait anéanti. Un accord préalable ne m’aurait pas satisfait et m’aurait fait fuir, troublé, vexé ou fâché. Au lieu de cela, ce plaisir double, - à mon insu ; forcé en quelque sorte ! -, si intense, si fort, si imprévu, si irremplaçable me troubla au point que toute ma vie j’en chercherai le goût sans parvenir à le retrouver.

Je restais en place. Ma verge ne voulait plus mollir. Mon désir se renouvelait sans faiblir sous les coups de reins répétés de Marc au fond de mes entrailles. L’anus me brûlait. La douleur était intense mais j’aimais ce traitement. Oh oui, comme je l’aimais !

Béatrice prit ma main et la guida vers son sexe. Je fouaillais un instant son épaisse touffe poisseuse un peu au hasard puis, comme elle me l’indiquait, je posais l’extrémité de mon index à l’endroit exact qu’elle affectionnait. Je pus ainsi réitérer les éternels gestes qui comblent les femmes.

- Fais-moi jouir, s’il te plait ! Je n’en peux plus, me souffla-t-elle d’une voix hallucinante.

Et ainsi le ballet continua un long moment jusqu’à ce que, chacun à leur tour, les uns dans les autres, le bonheur de jouir s’afficha sur leur visage.

D’être l’acteur de ses moments inoubliables m’emplit d’une évidente joie…

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par Claire Ogie & Yann Sayr

lundi 18 février 2008

Vision lointaine (7)

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Antonio Sicurezza (1905-1979), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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Ils nous feront, oui, je disais bien nous, Marc et moi…

Son pied glissa le long de ma cuisse, ses yeux de braises plantés dans mon regard, son bassin ondulant vers moi comme un serpent s’approchant de sa proie. Ses seins s’agitaient, doucement, au fur et à mesure de sa progression. Ses jambes s’écartèrent pour m’enserrer contre elle, contre la chaleur de son corps. Un corps de serpent c’est froid, elle, elle était si chaude, si douce. Son buste se redressa puis se frotta sur ma peau, ma peau si sensible à son contact, érectile. Sa bouche s’ouvrit pour me prendre, pour se saisir de ma langue et pénétrer jusqu’à mes derniers retranchements ; j’étais à elle, elle le savait fort bien, elle s’en délectait, moi aussi... Je voyais tout. Je me noyais dans la profondeur de ses pupilles tout en admirant son corps qui évoluait vers moi, tout contre moi, lentement mais fermement, nos deux corps se reflétant dans ses yeux.

Hypnotisé par une femelle serpent, je n’avais plus qu’une idée, qu’elle m’engloutisse tout entier, qu’elle m’enserre de ses anneaux, qu’elle réchauffe mon âme éperdue et en transe, qu’elle fasse de moi ce qu’elle voulait.

Ses mains glissaient le long de mon dos, sur mes fesses en jouant de ses ongles et du bout de ses doigts ; taquine. Nos corps basculèrent et je me retrouvais sur le dos, ses seins en pleine bouche, mes mains accrochés à eux, les rapprochant, les collants l’un contre l’autre, allant de l’un à l’autre, les léchant, les tétant goulûment ne voulant surtout pas en rendre un jaloux, il ne manquerait plus que ça !

Béatrice s’agitait sur moi, ronronnant de plaisir son sexe se frottant contre mon ventre de façon de plus en plus rapide.

Sa main descendit sur un organe qui s’agitait de la voir ainsi, de la sentir si près, douce humidité qui l’appelait. Mais une femelle serpent ça se glisse partout, ça se faufile, elle avait brandit ma virilité après l’avoir caressé entre ses seins et sucée mon torse telle une mante religieuse. Allait-elle me dévorer ? Nous n’en étions pas encore là…je profitais.

Ma verge dans sa bouche, je rêvais d’une explosion d’étoiles que je sentais si proche. Elle remonta sur ma bouche et me fit basculer sur elle tout en plaçant ses jambes sur mes épaules. Je plongeais en elle avec délice, n’aspirant plus qu’à une seule chose, me faire aspirer !

Nous nous balancions tous deux, ses mains caressant mes bourses et glissant sur l’antre de mon hémisphère sud, mon anus, petite étoile perdue. J’appréciais tout cela à sa juste valeur et me jetais encore plus profondément en elle. Ses doigts étaient mouillés et me pénétraient doucement, tout doucement… Je n’en pouvais plus, notre rythme s’accélérait, ses mains agrippées à moi, mon anus qui s’ouvrait, qui quémandait - qui quémandait ? - des mains sur ma poitrine, une langue sur mon anus, une toison sur mes fesses, que de douceurs j’en étais comme fou, non…si ! ce n’est pas possible… non ! oh si ! non ! oh oui ! oh oui ! oh oui oui ouiiii !!!

Marc bien sûr, ça ne pouvait être que lui, qui après nous avoir observé un bon moment venait de me pénétrer pendant que Béatrice et moi allions bon train. Il venait de nous rejoindre au milieu de notre folle course, et j’explosais coincé entre eux deux, avec eux deux, comblés que nous étions tous trois…

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par Claire Ogie & Yann Sayr

dimanche 17 février 2008

Vision lointaine (6)

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Antonio Sicurezza (1905-1979), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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C’est peut être à partir de cette période que je me suis aperçu de ce que l’on pouvait faire d’un corps d’homme. En fait, c’était ma première expérience de ce type; même, je crois bien que je n’avais jamais vu, à l’époque, d’homme nu auparavant; en tout cas pas de cette façon.

« Ah, Béatrice, Béatrice, que de passions as-tu pu déchaîner autour de toi ! »

Puis, pris d’un désir irrépressible, je sortis rapidement de mon appartement pour me diriger d’un pas ferme vers le sable tout proche. Je ne pris même pas la peine de fermer ma porte à clé tant mon esprit était accaparé. Pourquoi ? Que voulais-je faire ? Qu’attendais-je de cette femme ? Je n’en savais rien. Je marchais. Voilà tout.

Béatrice dansait les Sept Voiles devant mes yeux...

Marc brandissait à la ronde son sexe tendu et si beau en riant de plaisir tel un trophée de gagneur...

Tous deux savaient jouer de leur corps admirablement…

- Allez, Julien, déshabille-toi ! J’ai envie de toi, tu peux pas savoir !

En un clin d’œil elle se mit nue dans la petite chambre coquette des parents de notre hôte.

« Ceux-là, s’ils s’étaient doutés de ce qui allait se passer… ! »

Curieusement, tout en marchant, je me mis à songer à eux, à ces gens d’un autre âge, sans doute morts maintenant, à ces parents et à ce lit qui aurait peut être pu nous en raconter de belles. Mais c’est amusant, je ne parvenais pas à les imaginer en train de s’envoyer en l’air. Conflit de générations, sans doute ! Ils me paraissaient si ringards, à l’époque!

A présent, c’est l’inverse, la roue a tourné…

- Tu rêves, mon chéri !

Béatrice s’était allongée sur le dos et tendait ses jambes serrées vers moi. Elle caressait mes genoux du bout de ses pieds. Sa touffe brune me sauta aux yeux. Le contraste de sa chevelure de blé et de ce sexe trempé d’encre sombre me ravissait. Elle le comprit.

- Tu aimes mon sexe ? Il est beau ? Tu crois que je devrais m’épiler ?

Béatrice était une femme de contrastes. Ses cheveux factices, ses manières sans détour dans l’intimité, son langage direct à la limite de la vulgarité n’avait aucun rapport avec ce qu’elle était dans son apparence réelle ordinaire: une femme sensible, presque timide parfois, préférant l’ombre plutôt que la brillance du soleil et considérant que : « mieux vaut agir tranquillement que parader inutilement! » C’était on ne peut plus clair !

Mais lorsqu’elle se trouvait seule avec moi, ou avec d’autres, pour son plaisir intime, pour ces amours, alors ce n’était plus la même femme. Toute trace de réserve disparaissait. La journaliste aux bonnes œuvres, sérieuse, engagée, n’était plus là. Elle se métamorphosait en « femelle amoureuse », entière, jalouse des mâles qu’elle choisissait, libre de ses pulsions et avide de sensations. Elle m’aurait fait faire et dire n’importe quoi !

Tout de même, ça me surprenait toujours.

- Non, surtout, reste comme tu es, fis-je, ton sexe d’ébène et tes cheveux de soleil nous feront devenir fou de désir !

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par Claire Ogie & Yann Sayr

samedi 16 février 2008

Vision lointaine (5)

Elle m’attire vers elle, sans plus me laisser le choix. Comme d’un fait exprès c’est à ce moment là qu’un slow langoureux se fait entendre – j’appris plus tard que Marc s’occupait parfois de la sono - après qu’un long hululement se soit insinué au travers de nos tympans et que je me retrouve collé contre elle, sa langue engouffrée entre mes lèvres pour pécher la mienne encore cachée dans un recoin de ma bouche. J’en profitais bien évidemment, trop heureux d’une telle rencontre. Juste histoire de ne pas être en reste, son ventre se presse contre mon sexe qui lui crie famine et me fait perdre la raison, avide de ce corps qui me tient et ne me lâche pas.

Un peu d’air frais me frappe le visage et me renvoie illico presto devant toi, allongée, ton livre à la main, et moi, moi bandant presque à nouveau en repensant à toi, à toi et à l’autre.

Curieuse sensation, je frissonne, le vent souffle encore. Tiens, en y repensant, je ne t’avais même pas marché sur les pieds. Une première pour moi ! J’étais assez maladroit, je le suis toujours d’ailleurs. A croire que j’avais des ailes qui me soulevaient et m’emportaient vers d’autres sphères.

En fait d’autre sphères, je ne m’attendais pas à ce qui allait suivre. Un jaloux forcené comme moi, me laisser embarquer dans une histoire pareille, insensé ! Ca a été mon unique expérience de ce genre. J’étais tellement réticent et amoureux fou à la fois. Je me souviens tellement de tout. La mémoire du corps ajoutée à celle de l’esprit, quelle curieuse alchimie.

Après le slow tout c’est très vite enchaîné, Marc nous a rejoint ; je ne savais plus où me mettre. Il te souriait tout en m’observant d’une façon qui ne laissait aucune ambiguïté sur ses intentions, sur vos intentions. Des intentions qui m’apparaissaient soudain et me terrorisaient. Je débandais alors aussi vite que mon sexe c’était dressé. Ridicule. Je me sentais ridicule. Chien battu et mal aimé, la queue entre les jambes, voilà à quoi je devais ressembler.

Tu as très vite senti ce qui se passait en moi. Tu m’as pris par la main pour m’entraîner vers un autre lieu, un endroit plus calme, une chambre à coucher. Nous étions dans la maison d’un de nos camarades, ses parents nous ayant laissé les lieux pour notre petite fête, nous étions libres de faire ce que bon nous semblait ; mais à cet instant là, la liberté n’était pas vraiment ce qui m’apparaissait le plus clairement, prisonnier de mes sentiments contradictoires que j’étais.

Marc resta à l’écart nous laissant partir tous les deux, après t’avoir embrassé dans le cou et soufflé quelques mots à l’oreille. Finalement, je me laissais guider par toi, incapable de la moindre décision, toute réflexion semblant anéanti. Tu allais devoir me redonner confiance en moi et c’est très exactement ce que tu mis en pratique dans les minutes qui suivirent.

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par Claire Ogie & Yann Sayr

vendredi 15 février 2008

Vision lointaine (4)

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Antonio Sicurezza (1905-1979), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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La fête, comment oublier cette fête ! Le simple fait de te voir allongée devant moi me fait revivre chaque minute de ce qui allait décider des trois années suivantes de ma vie amoureuse, de ma jeune vie d’étudiant.

- Julien, viens danser avec moi !

Je la regardais en ébauchant sur mes lèvres une petite moue d’ado insatisfait. Elle rit.

- Ca y est ! Il va nous faire son Oedipe. C’est pas comme ça que tu vas me séduire, tu sais.

Je lui rétorquais sans réfléchir une seconde à la portée de mes paroles, qui, évidemment, ne collaient absolument pas à ce que je ressentais au fond de moi.

- Tu as Marc ! Ca ne te suffit pas ?

Elle me saisit rudement par les épaules et me dévisagea.

- Non, figure-toi !

- Comment ça, non !

J’ouvre les yeux et regarde les gens devant ma fenêtre. Personne n’a tourné la tête vers moi. J’ai du crier, sans doute. Qu’est-ce qui me prend, à mon âge de ressasser ces vieux souvenirs.

Mes yeux se posent à nouveau sur le corps allongé de Béatrice à quelques vingt mètres devant moi ; peut être un peu plus tassé, plus ramassé que dans mon souvenir, celui-ci conserve encore la trace de ce qu’il a été ; le visage, toujours allongé, encadré par une masse de cheveux en perpétuel mouvement, d’un blond à faire pâlir les plus belles filles du Nord, me sidère comme si tout cela datait de la veille. Incroyable !

« Bah, tout ceci n’a plus d’importance. J’ai mes images dans ma tête. Elles ne s’envoleront plus… sauf, sauf quand je serai mort… et encore ! Allez savoir ce qui se passe là-haut. »

Elle pose ses mains sur mes genoux ; se penche vers moi. Son chemisier s’entrouvre juste sous mon nez. Elle le sait et accentue le mouvement en imprimant à son buste les mouvements cadentiels de la musique qui crie à nos oreilles. Elle danse sur place sans me quitter des yeux. Elle sourit encore en constatant ce que j’observe. Son regard est noir; noirceur terrible et envoûtante dans laquelle je goûte à me perdre. Sa blondeur est fabriquée, mais je l’aime ainsi. Et, pour finir, bien sûr, le coup de grâce : « Oh, malheureuse, que fais-tu de moi ? ». C’est sans compter sur son langage particulièrement spontané qui a le don de me rendre fou de désir mais muet comme une carpe : je cède. Evidemment. Ma jalousie trop conventionnelle a bien trop de faiblesse en elle pour résister à de telles sincérités:

- Julien, tu bandes, on dirait ! fit-elle, les yeux pétillants de joie.

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par Claire Ogie & Yann Sayr

jeudi 14 février 2008

Vision lointaine (3)

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William Holman Hunt (1827-1910), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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Marc, un nom prédestiné, un nom qui laisse des traces indélébiles. Marc, un beau gars, tu savais les choisir, un grand garçon d’un mètre quatre vingt, châtain clair, les cheveux tombant sur la nuque avec une barbe de trois jours qu’il entretenait régulièrement. C’est qu’il soignait son image de baroudeur le bougre ! lui aussi il détonnait au milieu de nous tous. Celui-là c’était l’humanitaire qui l’attirait, pas étonnant que tu aies succombé à son charme.

Si mes souvenirs sont bons, il avait joué un rôle dans une pièce de théâtre au lycée. Bien sûr que mes souvenirs sont bons, il tenait le rôle de Jésus sur la croix. Pas donné à tout le monde ça, de faire Jésus sur la croix. Il était crédible, le physique parfait pour ça !

D’ailleurs, je crois bien que c’est ce jour là que tu t’es rapproché de lui, pas pu résister aux courbes de son corps, aux dessins légers de ses muscles fins dévoilés aux yeux de tous. La tête penchée sur le côté, il était magnifique.

Marc, Béatrice et Julien, un trio quelque peu inhabituel que nous allions former là.

A cette époque, les cheveux blancs n’avaient pas encore envahi ma chevelure, j’étais encore brun et n’avais rien à envier à Marc. Physiquement, nous étions assez proches.

Tu sors un petit livre de ton sac et t’installes sur le ventre avant de plonger dans ta lecture. Avec les années, il m’est arrivé de lire des articles de toi dans différents journaux. Je t’ai un peu suivit pendant quelque temps, c’était avant de te perdre complètement de vue.

Tu es toujours aussi désirable, le sais-tu ? Bien sûr que tu dois le savoir, une femme sent toujours ces choses là…

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Lien avec Vision lointaine (4) et Vision lointaine (2)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

mercredi 13 février 2008

Vision lointaine (2)

Bon sang que de souvenirs me reviennent de secondes en secondes ! c’était… ho ! et bien il y a trente ans au moins. Oui, c’est cela ! au moins une bonne trentaine d’année. Nous venions de passer nos bacs et nous fêtions ces réussites ainsi que nos entrées respectives en fac. Tu avais choisi – je m’en souviens bien car nous nous moquions souvent de toi !- les Lettres. C’était à mourir de rire ; nous, nous voulions tous devenir ingénieurs – du reste, nous y sommes parvenus - et toi… toi ? toi, tu voulais être journaliste. « Une simple journaliste ». En fait, tu voulais : « être utile à la société », comme tu disais. L’argent ne t’intéressait pas ; non, toi, c’était la justice, le pauvre et l’orphelin, la misère, le monde… Bref, nous, comme des cons, on se marrait dans ton dos ; nous trouvions ça terriblement naïf.

Bon sang ! nous nous moquions, bien sûr, mais, tous autant que nous étions, quelle impression, quel pouvoir tu possédais sur nous. Tes certitudes de jeunes femmes nous sidéraient, même si jamais, bien sûr, nous l’aurions avoué. Elles étaient belles tes idées. En fin de compte, nous étions impressionnés, heureux, libres, jeunes et... amoureux…

Ton pas reste tranquille. C’est drôle comme les choses me sont restées en mémoire, après si longtemps. Tu poses ton sac de toile jaune ; étales ta serviette ; ôtes tes lunettes de soleil ; regardes autour de toi. La plage est belle, ici. Tu as bien choisi. Tu seras bien.

Comment s’appelait-il, déjà, l’autre ? Non, je fais exprès. Comment oublier ce nom ! Comment oublier le nom de celui qui a partagé ta couche à la même période que moi.

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Lien avec Vision lointaine (3) et Vision lointaine (1)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

mardi 12 février 2008

Vision lointaine (1)

Voici une deuxième nouvelle écrite en duo avec Yann Sayr et, comme pour la Salade de fruits, je vous l'ai partagé en neuf épisodes. Bonne lecture à tous !

Vision lointaine

C’était un après midi tranquille. Le temps coulait paisiblement, et comme souvent en cette saison, j’étais à ma fenêtre, juste face à la côte, à prendre le bon air. La petite crique qui se dessinait sous mes yeux, à quelques vingt pas, marquait une large boucle qui permettait à nombre de promeneurs de flâner là tranquillement. Puis je t’ai vue.

D’abord vague silhouette, marchant paisiblement, solitaire, puis formes féminines, douces, peu précises dans tes larges vêtements de couleurs. Je ne t’ai pas reconnu tout de suite, c’est à ton approche que les traits de ton visage me sont soudain devenu familiers. Je laissais courir mon regard sur une femme seule sur la plage et, les minutes s’écoulant, je découvrais celle que j’avais le mieux connu au cours de ma vie, celle qui me connaissait le mieux. Te retrouver des années après notre dernière rencontre, voir celle que tu étais devenue, le temps ayant fait son œuvre sur nous, sur nos deux corps, voilà qui me laissait muet de stupéfaction.

Tu avançais toujours d’un pas léger, tranquille, sans savoir que je t’observais assidûment. Gourmand du moindre de tes gestes, chaque avancée de toi me mettant en joie.

Nous avons parfois de vieilles habitudes qui ne nous lâchent pas. J’avais toujours en moi ce bonheur de te voir onduler dans le vent, te mouvoir en douceur comme si les éléments glissaient sur toi. Je ne m’en lassais pas. Aérienne tu étais, aérienne tu étais restée.

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Lien avec Vision lointaine (2)

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par Claire Ogie & Yann Sayr