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Ecriture en duo : Correspondance

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jeudi 22 mai 2008

Correspondance (7 et fin)

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Joseph Mallord William Turner (1775-1851)

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Londres, le 30 septembre 1897.

Oui, viens ! Il m’est impossible de vivre sans toi, sans ta présence, sans ton odeur, tes mains, ton cœur, ton sexe toujours près de moi.

Je veux me plaquer à toi, en toi ; ne faire qu’un être ; qu’un corps sans sexe ; qu’une seule enveloppe frissonnante d’appétits. Et cet être nouveau, lumineux, vivra éternellement, aussi longtemps que nos deux cœurs battront, aussi longtemps que nos humanités s’en contenteront.

Mais que faire? Que faire ? Ton mari est un violent, tu le sais. Il te fera rechercher, comme la première fois où nous nous sommes vus, par toutes les polices du Monde. Il en est bien capable. Il n’aurait suffit que de quelques secondes, ce jour là, pour que tout bascule dans l’horreur. Il nous tuera tout les deux, tu le sais bien.

Alors, il nous faut fuir, mon amour. Fuir, loin, très loin. Loin de ce monde qui ne peut accueillir de tels amours, de telles destinées, de telles unions.

Las, je laisse tout ici et part sans tarder pour Glasgow où j’y ai quelques amis. De là, nous filerons vers les Indes puis plus loin encore ; là où le vent ne porte plus, là où la mémoire n’existe plus et se délaite dans la poussière des chemins merveilleusement interminables; là où le Monde nous oubliera.

Alors, attends-moi, ma belle.

Et en attendant, prie donc celui que tu veux pour le salut de nos âmes.

Ton lecteur impatient.

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Lien avec Correspondance (1)

et Correspondance (6)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

mercredi 21 mai 2008

Correspondance (6)

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Paul Emile Bécat (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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Joze, le 12 septembre 1897.

Mon esprit n’est plus que tumulte lorsque tu me parles ainsi ! mon corps n’est plus qu’un long hurlement déchaîné qui me laisse sans force après cet appel tant attendu ! Je ferme les yeux, et je te vois, là, toi, devant moi. Tu es là, ta peau sous mes doigts, sens-tu combien je tremble à te retrouver enfin ? vois comme nos corps se reconnaissent après tout ce temps ! Ils se répondent, ils se délient. Je t’entends. Je te vois. Je te touche. Je te sens.

Courir l’un vers l’autre, nous lécher du bout de la langue, nous savourer, nous humer, nous déguster comme deux jeunes chiots qui se découvriraient pour la première fois, deux chiens fous qui s’amuseraient de leurs jeux, deux jeunes fous qui s’extasieraient en riant aux éclats. Oui, nous sommes fous, je suis folle de toi ! et j’en suis heureuse.

Mais ma plus grande folie – ma plus grande erreur - est d’être partie loin de toi, de ne pas avoir su fuir à temps celui qui est mon époux. Mais après tout, c’est toujours dans l’absence, dans le manque, que l’on apprend à reconnaître ceux qui comptent le plus pour nous, n’est-ce pas ?

Je n’y tiens plus ! je vais quitter cet homme qui ne m’est rien si ce n’est un nom sur un bout de papier. Je veux te rejoindre, sentir à nouveau ton souffle sur moi !

Frotter mon ventre contre le tiens, mes seins contre ta poitrine. La douceur de ta langue qui me manque tant. Sentir ta douce toison sur mes fesses pendant que je te chevauche avec entrain. Tes mains sur ma croupe, ton regard me pénétrant en même temps que ton si beau membre. Nous voir tous deux ruisselants, nos corps glissant l’un sur l’autre, l’un dans l’autre. Admirable perfection de deux corps huilés s’imbriquant l’un dans l’autre. Ta fourrure se confondant à la mienne, ton sexe enrobé de mon fourreau, nous haletant, les yeux dans les yeux, nos mains soudées, cramponnées à nos désirs, à notre tendresse, à notre amour. Vois comme nos âmes liées se font l’amour en même temps que nos corps !

Je te veux.

Prends-moi !!!

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Lien avec Correspondance (5) et Correspondance (7 et fin)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

mardi 20 mai 2008

Correspondance (5)

Londres, le 25 Août 1897.

Comment veux-tu que j’oublie ces instants ? Tu es entrée chez moi presque comme une … allez, je vais oser ce mot : comme une folle. Tu semblais en proie à une terrible panique, une terrible appétence. « Nous partons ! » Me répétais-tu sans cesse. « Nous partons, c’est terrible ! Entends-tu à la fin ? Qu’allons-nous devenir ?» Je fus sans voix, pâle et horriblement abattu.

Je t’ai déshabillée si vite - ou plutôt tu t’es déshabillée si vite - qu’en quelques secondes tu fus nue et étalée sur mon lit.

Tu gesticulais, roulais sur toi-même, criais de rage, pleurais, louvoyais d’un bord à l’autre tel un serpent habile ou alarmé, mue sans doute par cette terrible impétuosité qui te caractérise lorsque ton désir se fait trop ardent et que tu sens qu’il fuit ou qu’il va fuir, qu’il va manquer. Tu étais en train de mourir. Tu te coulais en moi comme si ta dernière heure allait survenir. Quelle terrible réalité, du reste.

Mais tu sais que j’aime – et le mot est si faible – que j’aime ta manière d’agir : ton farouche besoin de mes doigts galopant sur toute la surface de ta peau, se glissant dans toujours l’ombre humide de tes chairs, ta manière de me dicter tes envies, ta violence même, toute intérieure, quand tu sens le plaisir monter et surtout, oh oui surtout ! lorsque tu m’ordonnes d’y répondre sans attendre. Oui ! Là, je vis pleinement.

Oui, c’était bien une sorte de dernière fois !

Attends quelques secondes ; il me faut une pause… Je respire.

La chaleur commence à monter tout doucement. Je la vois par la fenêtre qui donne sur mon jardin tout en fleurs. De là où je t’écris, je distingue une onde frissonnante matinale qui s’élève vers le ciel qui sera azuré aujourd’hui.

Mais je me demande, moi, si la chaleur que je ressens n’est pas une chaleur intime, n’est pas le fruit de mon imaginaire ; mais non, il fera chaud aujourd’hui ! mais alors comment expliquer mes aspirations à me confier, mes tentations de te céder tout mon corps et toute mon âme à tes pensée, mon souci enfin de t’offrir l’ensemble de mon corps découvert à tes avides suggestions ?

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Lien avec Correspondance (6)

et Correspondance (4)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

lundi 19 mai 2008

Correspondance (4)

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Chase William Merritt (1849-1916), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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Joze, le 30 juillet 1897

Tu le sais bien pourquoi mon mari a voulu quitter l’Angleterre, ses affaires, toujours ses affaires, il n’a que ce mot là à la bouche ! Les hommes sont-ils donc tous complètement obnubilés par l’appât du gain ? Et pourtant, nous pourrions vivre aisément de nos rentes, mais non, il lui en faut plus et plus encore ; insatiable, voilà ce qu’il est.

Mais je n’ai pas envie de te parler de lui, lui le responsable de notre séparation, dont j’ignore tout de la fin.

Oui ! c’est avec joie que j’accueillerai ce peintre de tes amis. Et quand il viendra, demande lui de m’apporter un petit médaillon de ton choix, avec un portrait de toi dedans que je pourrai garder près de mon cœur. Et quand il reviendra vers toi, qu’il aura enfin terminé ce tableau, tu cesseras peut-être de regarder toutes ces femmes le long de la Tamise pour te concentrer sur ta belle qui se languit de toi et qui te fera de l’œil dans cette nouvelle tenue de bain que j’ai maintenant depuis quelques jours.

Sais-tu qu’il ne se passe pas une journée sans que je me remémore notre dernière entrevue, t’en souviens-tu autant que moi mon bel ami ? Tu étais si fou ce jour là, si impatient, si entreprenant, mon corps s’en souvient toujours. La mémoire du corps et celle de l’esprit sont pour le moment nos seuls recours. Tu me manques.

Réponds-moi vite.

Celle qui t’attend.

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Lien avec Correspondance (5)

et Correspondance (3)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

dimanche 18 mai 2008

Correspondance (3)

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Londres, le 10 Juillet 1897

Chère amie, dépêche-toi vite de t’en procurer un. Tu sais, ici, à Londres, la mode est toujours à l’avenant et j’en vois, de ces belles bourgeoises, habillées ainsi. Le long de la Tamise, quelques piscines ont été aménagées directement sur le fleuve et, de loin, lorsqu’il fait beau, ces belles bourgeoises se baignent avec délice en poussant des petits cris de joies et en barbotant de la plus belle des manières.

Bien sûr, nous n’y avons pas droit à ces endroits, ma caste ne le permet pas, mais j’avoue avoir passé quelques longues heures, de loin, à observer ces corps presque nus. Je ne suis pas le seul, du reste.

Mais le temps passe, le temps passe, tes lignes s’estompent dans ma mémoire et j’éprouve de plus en plus de difficulté à te saisir. Pourquoi donc ton mari est-il parti en France ? Pour combien de temps encore serons-nous séparés ?

J’imagine tes jambes serrées l’une contre l’autre, tendrement tendues sur la couverture de couleur posée à même l’herbe verte et sous la fraîcheur bienveillante de tes tilleuls.

Je vais t’envoyer un peintre de mes amis qui viendra te croquer lorsque tu seras seule.

Le veux-tu ?

Bien à toi,

Ton lecteur impatient.

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Lien avec Correspondance (4)

et Correspondance (2)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

samedi 17 mai 2008

Correspondance (2)

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(cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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Joze, le 25 juin 1897.

Toutes ces heures à paresser à l’ombre des tilleuls ; c’est encore de cet endroit, derrière la maison, que je t’écris ces lignes. La chaleur est ici suffocante. J’ai retiré depuis longtemps ce jupon sous lequel je fondais et défais ce corset dans lequel je m’asphyxiais. Je rêve de ces nouvelles tenues d’été tout à fait osées que j’ai vu dans le journal l’autre jour. Imagine-toi que sur Trouville et Etretat c’est du plus grand chic ! un costume de bain en serge marine, rouge et noir, avec un madras entourant les cheveux. J’aimerai aller sur la côte, pensant ainsi à toi de l’autre côté de ce bras de mer, me rapprochant de toi, doucement.

Le mois dernier, je me suis rendu sur Clermont Ferrand, une petite sortie pour rejoindre une cousine éloignée qui m’avait invité à l’occasion d’une fête donnée en son honneur. Tu sais comme je déteste ces attroupements prolongés, il me tardait de revenir sur mes terres - vingt kilomètres, ce n’est pas rien ! - loin de tout ce bruit et de ces vilenies que les gens aiment à se porter les uns sur les autres une fois le dos tourné. Je ne déteste rien tant que cette hypocrisie constante dès que les gens se rassemblent.

Mais à ce jour, je suis à nouveau dans ma propriété au bord de l’Allier et je peux enfin t’écrire et te crier combien tes mots me font du bien. J’ai dû relire dix fois ta lettre, elle est toute froissée à force de la porter à mes lèvres.

Pardon pour ce retard inopiné. Parle-moi de toi.

Celle qui t’attend.

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Lien avec Correspondance (3)

et Correspondance (1)

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par Claire Ogie & Yann Sayr

vendredi 16 mai 2008

Correspondance (1)

Voici une correspondance assez courte - de sept lettres que je vais étaler sur sept jours - écrite avec Yann Sayr. Je vous laisse donc la découvrir en souhaitant qu'elle vous plaise autant que nous avons pris de plaisir à l'écrire. Bonne lecture à tous !

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Eva Gonzalès (1849- 1883), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

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Londres, le 30 mai 1897.

Depuis combien de temps restes-tu silencieuses ? Chaque jour que Dieu fait, je guette le facteur ; en vain. J’ai envie de te lire, de sentir courir sous mes doigts fiévreux le grain de ton papier à lettres ; le parfum, peut-être, de ton haleine brûlante car je sais qu’en ce moment, il fait très chaud là où tu es et que cela t’indispose. Souvent, tu me l’as dit.

Que peux-tu faire à l’instant où je couche ces mots sur mon bloc ? Comment es-tu habillée ? A quoi penses-tu ? A qui penses-tu ?

Tes amies viennent souvent te voir et vous faites de très longues parties de Dame ; jusque tard dans la nuit. Puis, ensuite, la plupart du temps, une fois seule, tu te promènes dans ton parc, en respire les doux effluves de la journée qui disparaît puis, lasse, tu te glisses silencieusement entre les draps parfumés que je ne connais point encore. Marie, ton adorable bonne sait si bien te préparer à tout ceci. Comme j’aimerais, moi aussi, participer à ce doux cérémonial.

Réponds-moi vite.

Un lecteur attentif.

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Lien avec Correspondance (2)

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par Claire Ogie & Yann Sayr