Des sens

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Ecriture en duo : Salade de fruits

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi 2 février 2008

Salade de fruits (9 et fin)

Panfilonuvolone_-_naturezamorta01.jpg

Panfilo Nuvolone (1581-1651)

.

Emboîtés l’un dans l’autre, ses jambes en appuies sur mes épaules, elle soupira d’aise quand je la pénétrais. D’un geste rapide elle se saisit d’un coussin et le glissa sous ses fesses pendant que je commençais à naviguer en elle. Douce chaleur de toute part, profond fourreau qui m’enveloppait si bien. Ses doigts parcouraient mes fesses et se faufilaient à la base de mon sexe qui ne pouvait que s’élancer et chanter de plus belle. Je plongeais au plus profond de sa grotte, emporté par un tourbillon ou je ne pensais plus à rien. Muriel commença à s’agiter puis trouva rapidement le bon mouvement pour s’ajuster, pour s’accorder à mon tempo. Ensemble nous nous balancions, nous entamions la plus furieuse des danses que nos tempêtes intérieures provoquaient. Pas d’abri dans cette grotte, la fougue du courant et le reflux des vagues. Je m’accrochais à elle, elle se cramponnait à moi. Les roulis, les bourrasques, les tangages, nous avions tout à la fois. Et puis, d’un seul coup, je la vis ouvrir la bouche en grand, comme un poisson hors de l’eau, grimaçant. Parce que toute l’eau était partie vers le bas, la bouche sèche, elle cherchait à aspirer. Elle se cambra encore plus sous moi et, de ses mains incrustées dans mes chairs, elle poussa plusieurs cris venus du fin fond de son être, là où les eaux tumultueuses se déchaînaient et laissaient tout asséché par le haut, au moment où ma tête et mon corps explosaient, emportés que nous étions par un raz de marrée qui nous laissa tous les deux pantelants.

Quelques mètres plus loin, au même instant, sans se douter des éclats de nos orages intérieurs, une certaine agitation régnait sous les trois chênes. En effet, Jocelyne Fretel, l’épouse du pharmacien, avait subit une douce métamorphose pendant notre absence. Jocelyne Fretel et quelques autres dames du village, avaient profitées du départ de Muriel pour montrer à ces messieurs qu’elles aussi entendaient savourer dignement les bienfaits de ce repas. Qu’elles aussi avaient des charmes à ne pas négliger. Et que, finalement, le Monbazillac c’était plutôt une bonne chose pour les faire agir séance tenante.

Enfin, dès que Muriel et moi-même serions de retour, pour qu’elles puissent enfin s’échapper, avec leur moitié, vers quelques alcôves secrètes loin de nos regards amusés et complices.

Car, comme aimait à le répéter notre délicieuse hôtesse, et comme aucun d’entre nous ne l’oublierait jamais par la suite : « L’humanité n’est jamais qu’une immense corbeille de fruits, plus ou moins mûrs, plus ou moins sucrés, mais toujours prête à être agrémenté d’une façon ou d’une autre pour les occasions salades de fruits. »

.

Lien avec Salade de fruits (8) et Salade de fruits (1)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

vendredi 1 février 2008

Salade de fruits (8)

800px-Lautrec_the_kiss_1892.jpg

Henri de Toulouse lautrec (1864-1901), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

.

Elle était comme folle ; poussait quelques petits cris plaintifs chaque fois que je la touchais ; se tendait contre moi à intervalles réguliers comme si quelques forces internes la faisaient tressaillir à son insu à chacun de mes actes.

Puis, en un geste particulièrement osé, elle se saisit de ses cuisses et les ramena vers sa poitrine, exagérant à l’extrême l’écartement de ses jambes.

- Jean.. Jean… Oh oui ! Plonge ta tête… vas-y… Il faut que je te sente… là… tout au fond…

Son sexe béant, terriblement entaillé m’attirait et me repoussait à la fois. Même sa belle toison, que j’avais su apprécier délicatement il y a quelques instants, n’avait plus rien de magique tant tout était poisseux, collés en grappe, dégoulinant de ses flux. Cela m’affolait ; me perdait ; plus rien n’avait de sens ; juste ce corps écartelé sous moi comptait ; juste ce plaisir qu’il me fallait combler accaparait l’intégralité de ma réflexion, annihilant tout le reste. Je savais que si un évènement venait à stopper cet acte, je n’y survivrais pas.

Ventre contre ventre, bouche contre sexe, nous nous léchions copieusement l’un l’autre, nous enivrant de nos odeurs, de nos ardeurs, de nos écoulements qui ne cessaient de s’échapper.

Elle aspirait toute la colonne de ma chair tandis que je buvais ses chairs à vif et sanguinolentes.

- Place-toi à quatre pattes. Je veux te voir aussi comme toi tu me vois, me dit-elle à mi-voix.

Je m’exécutais sans attendre et positionnais mon sexe à la verticale de sa bouche. Aussitôt elle se mit à le téter comme auraient fait quelques chatons affamés sous le ventre de leur mère.

De ses cuisses, elle m’enserrait le torse et me laissait faire à ma guise. Je parcourais fébrilement, à la recherche de sensations prodigieuses, les deux orifices de son anatomie.

Elle se mit à geindre différemment et moi je sentais le plaisir me gagner. Je ne voulais pas jouir ainsi. Je tenais à goûter aussi à sa grotte magique, à sa chaleur interne.

- Attends, Muriel. Pas si vite. Je... je ne tiendrai pas longtemps à ce rythme, fis-je haletant.

- Tu as raison, mon chéri. Viens sur moi. Vite…

Nous nous dégageâmes prestement pour nous remettre dans le sens naturel. Aussitôt, elle ouvrit ses cuisses et m’invita à se répandre dans ses chairs tuméfiées.

.

Lien avec Salade de fruits (9 et fin) Salade de fruits (7)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

jeudi 31 janvier 2008

Salade de fruits (7)

- Comment dois-je m’installer, dites-moi, fit-elle en tournant son visage vers moi.

- Heu…mettez-vous sur le ventre ce sera très bien… Fis-je en déglutissant.

- Ne faites donc pas de manières, me répondit-elle en me souriant, en tant qu’étudiant en médecine, vous devez avoir l’habitude…

Je ne répondis pas, mais décidais de m’installer à califourchon sur ses fesses, que je trouvais rebondis à souhait, et commençais à lui masser les épaules, le dos, tout en descendant jusqu’à ses reins. Elle sursauta à mon approche, rit doucement de mon effronterie et se laissa aller sous mes doigts qui apprenaient à la visiter.

Ma verge étant par trop comprimée et, n’en pouvant plus, je me mis à parler avec sa façon particulière, et ce, le plus naturellement du monde, en me penchant sur son cou, et lui soufflant dans la nuque.

- Les fruits sont à point me semble-t-il.

- Vous croyez ? Chuchota-elle.

- Sans aucun doute, jugez-en par vous même…

Je me soulevais doucement et la laissais se tourner vers moi, découvrant ses seins, son ventre, son buisson ardent. De ses mains elle libéra mon sexe érigé qui n’en pouvait plus de la réclamer, et d’un seul élan, nous nous jetèrent l’un sur l’autre, tête bêche, après avoir mêlé nos langues en guise de bienvenue et jeté au loin tout ce qui pouvait nous entraver.

.

Lien avec Salade de fruits (8) et Salade de fruits (6)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

mercredi 30 janvier 2008

Salade de fruits (6)

462px-Lautrec_woman_at_her_toilette_1896.jpg

Henri de Toulouse Lautrec (1864-1901), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

.

Il est parfois des situations où la timidité rend plus entreprenant qu’on ne l’imaginerait. De me voir là, sous les yeux de tous, à masser Muriel, voilà qui me rendit soudain bien plus hardi. Je me lançais donc et lui prodiguais quelques conseils de mon cru.

- Savez-vous ma chère, que pour plus d’efficacité, un massage doit se faire en position horizontale ? Rien de tel pour dénouer les muscles, que je sens particulièrement tendus chez vous.

- Il est vrai que cela serait tout indiqué, enchaîna Pierre de la Frênoise en hochant vigoureusement la tête. N’hésitez pas ! Ecoutez les recommandations de Jean, il s’y prend très bien.

- Mais quelle genre d’hôtesse serai-je donc si je vous laissais tous ainsi, uniquement pour mon bien-être ! S’écria Muriel, à la fois surprise et ravie par la tournure des événements. Bien sûr, toutes les dames de la table appuyèrent les dires du docteur, et même le curé ne pût s’empêcher de s’exprimer sur le sujet.

- Ne vous inquiétez de rien, nous vous attendrons bien sagement, tout en dégustant vos si beaux fruits…

- Alors, si vous êtes tous d’accord, poursuivit-elle en embrassant la table du regard, je veux bien vous écouter.

- A la bonne heure ! S’exclama Madame Fretel, en prenant une rasade de Monbazillac tout en se tournant vers son voisin de gauche, l’instituteur du village.

Avec l’assentiment général, je suivis donc Muriel qui me guidait déjà, sans la moindre hésitation, jusqu’à sa chambre. A notre arrivée, elle appuya sur l’interrupteur qui, tout aussi brutalement que la lumière m’apparut, me la montra nue, la robe à ses pieds.

.

Lien avec Salade de fruits (7) Salade de fruits (5)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

mardi 29 janvier 2008

Salade de fruits (5)

726px-Jean-Baptiste_Sim-on_Chardin_005.jpg

Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

.

Ainsi le repas sous les trois chênes du jardin se déroula paisiblement jusqu’à l’arrivée de ces fruits tentateurs du dessert dont l’aspect donnait à penser que d’autres éléments encore plus sucrés seraient à notre disposition plus tard dans la nuit.

Puis elle s’inquiéta de notre plaisir :

- Messieurs, avez-vous fait bonne chair ?

- Madame, nous devenons vos serviteurs. Tant de douceurs offertes ne peuvent que nous endettés face à votre beauté, répondit Pierre de la Frênoise.

- Ha ha ha ! Des dettes ? Mais voyons, toubib, sachez que j’y prends peut être bien plus de plaisir que vous. Fit-elle en riant. Vous ne me devez rien du tout. Rien du tout !

- Alors, fis-je un peu moins habilement que mon ami, permettez-nous de vous rendre vos largesses.

- Oui, Jean a bien raison, poursuivit aussitôt mon voisin le pharmacien, il nous faut nous permettre, à notre tour, de vous retourner une part de ce que vous nous offrez.

- Et bien Julien, à votre guise, dit-elle en souriant à l’allusion à peine dissimulée. Et comment comptez-vous, si je ne suis pas indiscrète, vous y prendre ?

Julien Fretel, n’ayant pas le don de saisir l’opportunité qu’il venait de lancer, resta coi. Maître Fretel, de loin, le plus âgé de tous, proposa alors en me regardant:

- Ecoutez, Muriel, je crois que notre petit Jean fait des études de médecine. Rappelez nous donc en quelle année vous êtes rendu, mon ami?

- Heu… quatrième, Maître, fis-je soudain rouge comme une pivoine à l’éclosion.

Le notaire continua, amusé :

- Regardez donc, comme celui là est timide. Un vrai tendron. Bon, donc je propose, pour vous délasser et vous rendre un peu votre monnaie, - si j’ose dire. Vous le méritez tant !, que notre jeune ami vous administre quelques savants massages dont il doit sans doute avoir le secret. Ceci en tout bien tout honneur, cela va sans dire.

- Bien entendu ! fit Jean-Deux aux anges. Cela va de soi.

- Qu’en pensez-vous, Muriel ? demanda le notaire.

La jeune femme battit aussitôt des mains et se tourna vers moi. Sans attendre, en se trémoussant des épaules, elle dégagea vivement le col de sa robe et me désigna sa nuque.

- Quelle belle idée ! Justement, je sens ici quelques contractures. Allez, mon jeune apprenti, dépêchez-vous donc de me soulager !

.

Lien avec Salade de fruits (6) et Salade de fruits (4)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

lundi 28 janvier 2008

Salade de fruits (4)

699px-Strawberries_and_cherries_margaretta_angelica_peale.jpg

Margaretta Angelica Peale (1795-1882), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

.

Après cet échange, Muriel laissa là l’homme d’église pour se tourner vers un autre de ses invité. Son regard se planta sur son voisin de gauche, Pierre de la Frênoise, cherchant une confirmation à ses dires. Un médecin, voilà bien une personne toute indiquée pour connaître l’effet bénéfique des fruits sur le corps humain. Celui-ci ayant acquiescé en riant, son regard glissa trois places plus loin pour s’arrêter sur le mien et ne plus le quitter. C’est à cet instant précis qu’elle décida d’agir et de provoquer chez moi tous les troubles imaginables. Elle m’avait choisi, j’étais l’élu, son regard de braise m’incendiait de haut en bas, nous en étions au dessert, mais cela équivalait pour elle à la mise en bouche, j’allais l’apprendre plus tard.

- Ne vous moquez pas, mais j’adore regarder les cloches sonner. Regarder par en dessous, vous savez, cette petite chose qui se balance et qui fait chanter la cloche, je trouve cela irrésistible…

- Heu, vous parlez sans doute du battant, osais-je à peine lui répondre sentant la rougeur envahir mon visage sous le regard appuyé qu’elle m’adressait devant tous.

- Oui, en effet, je cherchais le nom de cette magnifique invention. Le battant… Saviez-vous qu’il n’y a rien de plus triste qu’une salade de fruits sans bananes ?

Muriel avait, pour cette soirée particulière, revêtu une très longue robe noire, large, légère, qui flottait autour d’elle de la plus belle des façons et qui se trouvait confectionnée dans ces sortes de tissus indiens typiques qu’elle devait sans doute ramener de voyages à l’étranger. Le vêtement s’avérait tout à fait adaptée à ces soirées d’été qui s’étiraient toujours fort tard dans la nuit étoilée. Tout de même, ce dernier avait une particularité plutôt intéressante : malgré le fait qu’il fût très ample sur les cuisses, il se serrait particulièrement à la taille et ouvrait bien tout le haut de sa poitrine grâce à des bourrelets positionnés sur les épaules. Elle apparaissait ainsi comme deux triangles opposés dont les parties étroites se rejoignaient au niveau du nombril.

Il était évident que la jeune femme était nue sous le tissu puisque la transparence de celui-ci aurait aussitôt révélé le moindre sous-vêtement, fut-il de la même teinte.

D’ailleurs elle ne s’en cachait pas et nous proposait, à propos de ce fait, d’excellentes raisons qui invoquaient un désir irrépressible de simplicité et de liberté de mouvements.

- Vous comprenez, chers amis, comme nous sommes là entre gens de bonne société et au cœur de l’été, un peu de laisser aller de ma part ne choquera personne ici, j’en suis certaine.

Le toubib, toujours en quête de bons mots, ne tarissait pas de phrases complices :

- Tachez surtout de ne pas attraper froid !

- Allons donc, par ce temps ? Ce serait trop se couvrir qui serait une erreur.

.

Lien avec Salade de fruits (5) Salade de fruits (3)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

dimanche 27 janvier 2008

Salade de fruits (3)

800px-Pierre-Auguste_Renoir_136-copie-1.jpg

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

.

Muriel posa le fruit dénudé sur sa main ouverte, le montra à chacun d’entre nous en un geste qui pouvaient rappeler ceux du prêtre, le leva telle une coupe d’offrande puis fit couler avec ostentation sur la nappe immaculée, par un geste lent, en souriant d’aise, le jus sucré qui s’expectorait du fruit.

Quelle scène incroyable ! Ce jus dégoulinant valait bien autre chose que ce qu’il montrait : un sens terriblement significatif ; une donation indirecte ; un flux interne qui s’extériorisait de son intimité ; une brèche entr’ouverte vers son âme terriblement efficace pour les hommes en adoration et en rut que nous étions.

Elle approcha la poire de sa bouche, ouvrit ses lèvres teintée de rouge clair, dégagea une dentition parfaite de blancheur, tira une langue rose et chaude puis, enfin, sans perdre de vue les hommes qui la fixaient, enveloppa de sa bouche grande ouverte la totalité de la chair tendre et juteuse du fruit. Elle mordit au cœur. Nous ressentîmes intensément et aussitôt une brûlure sur nos sexes tendus.

Enfin, elle lécha les quelques dernières gouttes du liquide blanchâtre qui jutaient encore du fruit martyrisé, laissa fondre le morceau posé sur sa langue puis, rayonnante d’un jeu qui l’amusait au plus haut point, présenta sa main trempée au premier homme à sa droite : Jean-Deux, l’ecclésiastique.

- Prenez ! Goûtez donc mon père, assista-t-elle en lui tendant la poire, c’est naturel et sans pesticide d’aucune sorte !

- Je vous fais confiance Muriel, loin de moi l’idée d’en douter. Finit-il par lui répondre le ton un peu tremblant.

- Ceci est une poire bien tendre, allez-y, vous m’en direz des nouvelles.

Jean-Deux hocha la tête et croqua la poire encore dans la main de la jeune femme sous l’œil avide de la tablée. Le jus du fruit coula le long de son menton et Muriel s’empressa de l’essuyer du bout de sa serviette avec un petit sourire.

- Reconnaissez que j’aurai pu vous proposer une ce de ces délicieuses pomme bien rouge et bien croquante, fit-elle, elles sont aussi très juteuses et d’une saveur incomparable...

- Il est vrai qu’elles sont aussi très…tentantes, lui répondit-il sur le même ton, mais tout dépend de l’usage que l’on veut en faire.

- Mais tous les usages sont bons mon père ! Crus ou cuites, en compote ou à couper, tout est bon dans la pomme, il ne faut jamais l’oublier.

.

Lien avec Salade de fruits (4) et Salade de fruits (2)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

samedi 26 janvier 2008

Salade de fruits (2)

Chacun souriait d’aise et se prélassait en devisant avec son voisin. Le repas allait bon train, les verres s’entrechoquaient et les rires fusaient de toute part. Une impression de délassement général l’emportait toujours au cours de ces réunions. Muriel avait un don inné pour nous faire oublier nos petits tracas quotidiens, elle nous transportait dans un autre univers sans bouger le petit doigt, enfin presque…

L’heure tant attendu du dessert approchait, la salade de fruits trônait magistralement au milieu de la table, ainsi qu’une assiette de truffes au chocolat et une bouteille de Monbazillac, le péché mignon de notre hôtesse.

Tout cela fondait dans la bouche, nos papilles en frémissaient de bonheur. Certains fermaient les yeux pour mieux savourer, d’autres remerciaient le ciel de tant de douceurs, d’autres encore tournaient leurs yeux extatiques vers celle qui nous offrait ces délices.

Muriel, de son côté se laissait aller à la dégustation. Elle semblait fondre de plaisir en même temps que les fruits lui glissaient dans la bouche. Sur sa langue elle les déposait, juteux. Sous son palais, on pouvait suivre le parcours des pommes, poires et autres ingrédients. Ses lèvres rougis brillaient un peu plus. Ses gestes plus lents invitaient à la décontraction.

Du bout de ses doigts, elle prenait une truffe qu’elle léchait de la pointe de la langue avant de l’engloutir toute entière d’un rire gourmand. Une gorgée de vin sucré mettait le feu à ses yeux et le rouge à ses pommettes. Rien que de la voir faire, notre plaisir s’accentuait.

- Mon père, dit-elle subitement, coupant court aux conversations croisées à propos des dernières frasques de notre député – il aurait, parait-il, trempé dans une sordide affaire de pots de vin doublée de quelques parties fines nocturnes. Tout un programme ! – goûtez moi donc cette poire juteuse issue de mon verger.

Elle prit un couteau d’argent à manche de nacre et entreprit d’un geste délicat le déshabillage du divin fruit.

- Muriel, ne me tentez pas, répondit le religieux en riant trop clair, quoique Dieu me soit témoin que cette douce poire est bien un don de Lui et que nous pouvons en jouir sans crainte, chère amie.

Elle leva les yeux sur l’homme encore jeune et le gratifia d’un regard de connivence. « Bien sûr que nous pouvons jouir de ces fruits en toute quiétude puisque c’est Lui-même qui nous les a crée »

Le silence se fit instantanément autour de la table ; apportant la preuve - s’il en était besoin - que les aventures de notre député n’étaient là que pour tenter de tuer le temps pour les instants infiniment regrettables et inintéressants où la jeune femme ne s’occupait plus de nous.

.

Lien avec Salade de fruits (3) et Salade de fruits (1)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr

vendredi 25 janvier 2008

Salade de fruits (1)

800px-Louise_Moillon_001.jpg

Louise Moillon (1610-1696), cliquez sur l'illustration pour l'agrandir.

.

Voici une petite nouvelle écrite en duo avec Yann Sayr. Je vous laisse découvrir le début aujourd'hui, la suite demain, et ainsi de suite..., sachant que le tout est partagé en neuf épisodes. Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez !

Salade de fruits

« L’humanité n’est jamais qu’une immense corbeille de fruits, plus ou moins mûrs, plus ou moins sucrés, mais toujours prête à être agrémenté d’une façon ou d’une autre pour les occasions salades de fruits. »

C’est ce qu’aimait à répéter Muriel devant ses compagnons. Non quelle soit versée dans l’art culinaire, mais elle appréciait les formules imagées, et celle-ci lui convenait particulièrement il faut bien l’avouer.

Elle même n’avait rien à envier aux beaux fruits de son verger, tout était ferme et juteux chez elle. « Mais attention, avec le temps, les pommes se ratatinent, les poires deviennent blettes, les raisins se dessèchent et les bananes noircissent, il faut donc en prendre grand soin ! Pas trop de sucre, un peu de citron, vous mélangez le tout et laissez agir une bonne nuit. A préparer la veille au soir, tout le monde l’aura compris ! »

Ces messieurs approuvaient à l’unisson, trop heureux de savourer ses faveurs…

Dans le village, nous ne lui connaissions pas de mari ni encore moins d’enfants issus d’une improbable union passée. En fait, nous savions très peu de cette jeune femme venue s’installer ici il y a 3 ans après la mort de la vieille châtelaine. Maître Tonaret, unique et illustre notaire de la famille, sur ordre testamentaire de l’ancêtre, avait fait lancer une recherche d’héritiers.

Sans doute la surprise de Muriel de se trouver, un beau jour de novembre 2005, à la tête d’un si beau domaine avait été grande, mais elle n’en montrait rien et c’était plaisir que de voir cette belle jeune femme mener sa nouvelle vie au village comme si les grillons de la campagne brestoise avaient bercé son berceau d’enfant depuis toujours.

Régulièrement - surtout l’été - elle organisait des repas fort agréables sous les trois chênes de son immense jardin. S’y retrouvaient souvent quelques notables du village: Julien Fretel le pharmacien, Jean-Deux le curé de la paroisse et Pierre de la Frênoise, le médecin de famille depuis toujours ; il avait bien connu la vieille excentrique.

Certes, les femmes la jalousaient – et fort à propos ! – mais son charme opérait. La nature fraîche et revigorante de Muriel les renvoyait à leur prime jeunesse, au moment où leurs maris, encore amants, les regardaient avec désir tout en les honorant vigoureusement; pour certains - et d’autres ! - autour de cette table ce temps était loin.

C’était une sorte de jeu tacitement organisé : qui aurait l’honneur de goûter à la coupe de fruits de la charmante hôtesse ?

.

Lien avec Salade de fruits (2)

.

par Claire Ogie & Yann Sayr