Des sens

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lundi 1 mars 2010

Musée secret

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Praxitèle « Vénus de Cnide » (cliquez sur les photos pour les agrandir)

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Musée Secret

Des déesses et des mortelles

Quand ils font voir les charmes nus,

Les sculpteurs grecs plument les ailes

De la colombe de Vénus.

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Sous leur ciseau s'envole et tombe

Ce doux manteau qui la revêt,

Et sur son nid froid la colombe

Tremble sans plume et sans duvet

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O grands païens, je vous pardonne;

Les Grecs enlevant au contour

Le fin coton que Dieu lui donne,

Ôtaient son mystère à l'amour.

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Mais nos peintres, tondant leurs toiles

Comme des marbres de Paros,

Fauchent sur les beaux corps sans voiles

Le gazon où s'assied Éros.

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Théophile Gautier in Lettres à la Présidente, Ed l'Or du Temps, 1968

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(petite précision, j'ai choisi exprès une photo d'une jeune demoiselle, d'une adolescente, juste pour montrer combien la "chasse" aux poils est précoce...)

Voir la page de Pierre Griffet au sujet de "Le regard d'un homme féministe sur les poils des femmes, symboles de leur féminité".

jeudi 11 février 2010

L'érotisme est bien triste face à la générosité de la volupté

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Eros et Psyché

Psyché donne à Éros une fille, nommée Volupté. L'amour (Éros) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.

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Valmont (Les liaisons dangereuses) est à Don Juan ce qu'est l'érotisme à la volupté : une insensibilité, peut-être une impuissance, déguisées sous le masque de l'intellectualité. Je pense à ce passage du livre d'Abellio, Ma dernière mémoire : "Tout le monde le sait, l'amour physique s'il est bien fait est purificateur, il rend l'âme claire et le corps léger (...). L'emportement d'érotisme de nos raisonneurs d'aujourd'hui n'est qu'un simulacre et ne témoigne que d'une impuissance au second degré, un des signes les plus clairs de la fin." Tandis que Don Juan rendait hommage aux femmes, le perfide Valmont trame tout le mal qu'il peut pour les faire chuter. Ce héros de roman nous rappelle que le Malin ne gît pas dans la sensualité mais dans la cérébralité et que l'érotisme est bien triste face à la générosité de la volupté.

Jacqueline Kelen "L'éternel masculin".

dimanche 3 janvier 2010

Rêve démesuré

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Michel Ogier "Une nuit sous le Mont Chauve" (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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Rêve démesuré

Je voudrais que ma queue ait la hauteur des monts

Qui déchirent le ciel auguste de leurs fronts.

On me verrait, comme eux arrêter au passage

Le troupeau changeant des nuages.

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Contemplant, sur le dos, leurs aimables dessins,

J'y verrais plafonner des hanches et des seins

Et largement repu de leurs folles caresses,

Je croirais baiser des déesses.

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Pierre Lièvre (1910)

samedi 12 décembre 2009

L'embrasé

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Picasso (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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Sherry-Cobbler

Elle avait une bouche énorme et compliquée,

Ses lèvres bien en chair aux rouges capitons,

Avec une verdeur aisément expliquée,

Faisaient bondir les nœuds et sauter les boutons !

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- Viens - ça ! criais-je en rut, ce suçoir que tu vantes,

Je le veux pour mon dard, et mon foutre pressant

Arrosera de feu ta bouche, fleur de sang...

Laissons l'amour, ce tir monotone, aux servantes !

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Que ta main folâtrant à l'entour de mes couillons

Y fasse s'élancer le sperme à gros bouillons.

Embouche à fond mon gland pour que rien ne se perde.

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Tourne sept fois ta langue et selon le codex,

Plonge dans mon anus un pétulant index.

Va bien, - rentre la dent, - je jouis, - halte ! ah ! merde !

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Théodore Hannon (1883)

jeudi 3 décembre 2009

Au nom de la rrose

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Eugène Reunier (cliquez sur les illustrations pour les agrandir)

Voici ma rrose. Honorez-la des yeux, du nez, de la langue et des doigts, glissez-y votre tige, enfoncez-vous jusqu'en son cœur qui est aussi le mien.

Le cœur de ma rrose va te mâcher la tige, mais gentiment. Ne t'étonne pas si tu m'entends dire miam-miam pendant que tu me baises. N'aie pas peur : tous les hommes savent bien que les femmes sont des fleurs carnivores, mais seules celles qui s'ignorent les dévorent vraiment. (...)

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Que les enfants naissent dans les rroses, chacun le sait depuis longtemps. Mais n'est-ce pas étrange ? Plus les hommes et les femmes grandissent, plus ils le nient.

Voici qu'il leur faut des noms savants pour dire la machine à faire des enfants. Et que plus ils prononcent de noms savants, plus il leur faut tirer de leurs mots un tas de machinations pour être rroses à la place des rroses.

Les enfants qui sortent de là, le front tous cabossé par les pétales de verre et d'acier, sont bien hébétés.

Passages du livre d'Alina Reyes "Le carnet de Rrose".

mardi 1 décembre 2009

L'affinité des chairs

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Gino Boccasile (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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L'affinité des chairs

Je ne l'entendais pas, tant je la regardais

Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais,

Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles :

Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres !

Ce fut un baiser long comme une éternité

Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité

Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;

Sa poitrine oppressée et dure de tendresse

Haletait fortement avec de longs sanglots.

Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos ;

Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent

Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,

Un cri d'amour monta, si terrible et si fort

Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent

Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers

Un lien nous tenait, l'affinité des chair.

Guy de Maupassant (1887)

lundi 30 novembre 2009

La malicieuse

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Eugène Reunier (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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La malicieuse

Lisette dans un concert

Sait bien tenir sa partie ;

Le goût tellement la sert,

Qu'on en sent mieux l'harmonie,

Mais j'en suis mécontent

Car souvent la friponne,

Quand je chante fait tant,

Qu'à la fin je détonne.

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Anonyme (1762)

vendredi 27 novembre 2009

Au bord du lit

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Achille Devéria (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

Au bord du lit

Un grand feu flambait dans l’âtre. Sur la table japonaise, deux tasses à thé se faisaient face, tandis que la théière fumait à côté contre le sucrier flanqué du carafon de rhum.

Le comte de Sallure jeta son chapeau, ses gants et sa fourrure sur une chaise, tandis que la comtesse, débarrassée de sa sortie de bal, rajustait un peu ses cheveux devant la glace. Elle se souriait aimablement à elle-même en tapotant, du bout de ses doigts fins et luisants de bagues, les cheveux frisés des tempes. Puis elle se tourna vers son mari. Il la regardait depuis quelques secondes, et semblait hésiter comme si une pensée intime l’eût gêné.

Enfin il dit :

– Vous a-t-on assez fait la cour, ce soir ?

Elle le considéra dans les yeux, le regard allumé d’une flamme de triomphe et de défi, et répondit :

– Je l’espère bien !

Puis elle s’assit à sa place. Il se mit en face d’elle et reprit en cassant une brioche.

– C’en était presque ridicule… pour moi ?

Elle demanda : – Est-ce une scène ? avez-vous l’intention de me faire des reproches ?

– Non, ma chère amie, je dis seulement que ce M. Burel a été presque inconvenant auprès de vous. Si… si… si j’avais eu des droits… je me serais fâché.

– Mon cher ami, soyez franc. Vous ne pensez plus aujourd’hui comme vous pensiez l’an dernier, voilà tout. Quand j’ai su que vous aviez une maîtresse, une maîtresse que vous aimiez, vous ne vous occupiez guère si on me faisait ou si on ne me faisait pas la cour. Je vous ai dit mon chagrin, j’ai dit, comme vous ce soir, mais avec plus de raison : Mon ami, vous compromettez madame de Servy, vous me faites de la peine et vous me rendez ridicule. Qu’avez-vous répondu ? Oh ! vous m’avez parfaitement laissé entendre que j’étais libre, que le mariage, entre gens intelligents, n’était qu’une association d’intérêts, un lien social, mais non un lien moral. Est-ce vrai ? Vous m’avez laissé comprendre que votre maîtresse était infiniment mieux que moi, plus séduisante, plus femme ! Vous avez dit : plus femme. Tout cela était entouré, bien entendu, de ménagements d’homme bien élevé, enveloppé de compliments, énoncé avec une délicatesse à laquelle je rends hommage. Je n’en ai pas moins parfaitement compris.

Il a été convenu que nous vivrions désormais ensemble, mais complètement séparés. Nous avions un enfant qui formait entre nous un trait d’union.

Vous m’avez presque laissé deviner que vous ne teniez qu’aux apparences, que je pouvais, s’il me plaisait, prendre un amant pourvu que cette liaison restât secrète. Vous avez longuement disserté, et fort bien, sur la finesse des femmes, sur leur habileté pour ménager les convenances, etc., etc.

J’ai compris, mon ami, parfaitement compris. Vous aimiez alors beaucoup, beaucoup madame de Servy, et ma tendresse légitime, ma tendresse légale vous gênait. Je vous enlevais, sans doute, quelques-uns de vos moyens. Nous avons, depuis lors, vécu séparés. Nous allons dans le monde ensemble, nous en revenons ensemble, puis nous rentrons chacun chez nous.

Or, depuis un mois ou deux, vous prenez des allures d’homme jaloux. Qu’est-ce que cela veut dire ?

– Ma chère amie, je ne suis point jaloux, mais j’ai peur de vous voir vous compromettre. Vous êtes jeune, vive, aventureuse…

– Pardon, si nous parlons d’aventures, je demande à faire la balance entre nous.

– Voyons, ne plaisantez pas, je vous prie. Je vous parle en ami, en ami sérieux. Quant à tout ce que vous venez de dire, c’est fortement exagéré.

– Pas du tout. Vous avez avoué, vous m’avez avoué votre liaison, ce qui équivalait à me donner l’autorisation de vous imiter. Je ne l’ai pas fait…

– Permettez…

– Laissez-moi donc parler. Je ne l’ai pas fait. Je n’ai point d’amant, et je n’en ai pas eu… jusqu’ici. J’attends… je cherche… je ne trouve pas. Il me faut quelqu’un de bien… de mieux que vous… C’est un compliment que je vous fais et vous n’avez pas l’air de le remarquer.

– Ma chère, toutes ces plaisanteries sont absolument déplacées.

– Mais je ne plaisante pas le moins du monde. Vous m’avez parlé du dix-huitième siècle, vous m’avez laissé entendre que vous étiez régence. Je n’ai rien oublié. Le jour où il me conviendra de cesser d’être ce que je sais, vous aurez beau faire, entendez-vous, vous serez, sans même vous en douter… cocu comme d’autres.

– Oh !… pouvez-vous prononcer de pareils mots ?

– De pareils mots !… Mais vous avez ri comme un fou quand madame de Gers a déclaré que M. de Servy avait l’air d’un cocu à la recherche de ses cornes.

– Ce qui peut paraître drôle dans la bouche de madame de Gers devient inconvenant dans la vôtre.

– Pas du tout. Mais vous trouvez très plaisant le mot cocu quand il s’agit de M. de Servy, et vous le jugez fort malsonnant quand il s’agit de vous. Tout dépend du point de vue. D’ailleurs je ne tiens pas à ce mot, je ne l’ai prononcé que pour voir si vous êtes mûr.

– Mûr… Pour quoi ?

– Mais pour l’être. Quand un homme se fâche en entendant dire cette parole, c’est qu’il… brûle. Dans deux mois, vous rirez tout le premier si je parle d’un… coiffé. Alors… oui… quand on l’est, on ne le sent pas.

– Vous êtes, ce soir, tout à fait mal élevée. Je ne vous ai jamais vue ainsi.

– Ah ! voilà… j’ai changé… en mal. C’est votre faute.

– Voyons, ma chère, parlons sérieusement. Je vous prie, je vous supplie de ne pas autoriser, comme vous l’avez fait ce soir, les poursuites inconvenantes de M. Burel.

– Vous êtes jaloux. Je le disais bien.

– Mais non, non. Seulement je désire n’être pas ridicule. Je ne veux pas être ridicule. Et si je revois ce monsieur vous parler dans les… épaules, ou plutôt entre les seins…

– Il cherchait un porte-voix.

– Je… je lui tirerai les oreilles.

– Seriez-vous amoureux de moi, par hasard ?

– On le pourrait être de femmes moins jolies.

– Tiens, comme vous voilà ! C’est que je ne suis plus amoureuse de vous, moi !

Le comte s’est levé. Il fait le tour de la petite table, et, passant derrière sa femme, lui dépose vivement un baiser sur la nuque. Elle se dresse d’une secousse, et, le regardant au fond des yeux :

– Plus de ces plaisanteries-là, entre nous, s’il vous plaît. Nous vivons séparés. C’est fini.

– Voyons, ne vous fâchez pas. Je vous trouve ravissante depuis quelque temps.

– Alors… alors… c’est que j’ai gagné. Vous aussi… vous me trouvez… mûre.

– Je vous trouve ravissante, ma chère ; vous avez des bras, un teint, des épaules…

– Qui plairaient à M. Burel.

– Vous êtes féroce. Mais là… vrai… je ne connais pas de femme aussi séduisante que vous.

– Vous êtes à jeun.

– Hein ?

– Je dis : Vous êtes à jeun.

– Comment ça ?

– Quand on est à jeun, on a faim, et quand on a faim, on se décide à manger des choses qu’on n’aimerait point à un autre moment. Je suis le plat… négligé jadis que vous ne seriez pas fâché de vous mettre sous la dent… ce soir.

– Oh ! Marguerite ! Qui vous a appris à parler comme ça ?

– Vous ! Voyons : depuis votre rupture avec madame de Servy, vous avez eu, à ma connaissance, quatre maîtresses, des cocottes celles-là, des artistes, dans leur partie. Alors, comment voulez-vous que j’explique autrement que par un jeûne momentané vos… velléités de ce soir.

– Je serai franc et brutal, sans politesse. Je suis redevenu amoureux de vous. Pour de vrai, très fort. Voilà.

– Tiens, tiens. Alors vous voudriez… recommencer ?

– Oui, madame.

– Ce soir !

– Oh ! Marguerite !

– Bon. Vous voilà encore scandalisé. Mon cher, entendons-nous. Nous ne sommes plus rien l’un à l’autre, n’est-ce pas ? Je suis votre femme, c’est vrai, mais votre femme – libre. J’allais prendre un engagement d’un autre côté, vous me demandez la préférence. Je vous la donnerai… à prix égal.

– Je ne comprends pas.

– Je m’explique. Suis-je aussi bien que vos cocottes ? Soyez franc.

– Mille fois mieux.

– Mieux que la mieux ?

– Mille fois.

– Eh bien, combien vous a-t-elle coûté, la mieux, en trois mois ?

– Je n’y suis plus.

– Je dis : combien vous a coûté, en trois mois, la plus charmante de vos maîtresses, en argent, bijoux, soupers, dîners, théâtre, etc., entretien complet, enfin ?

– Est-ce que je sais, moi ?

– Vous devez savoir. Voyons, un prix moyen, modéré. Cinq mille francs par mois : est-ce à peu près juste ?

– Oui… à peu près.

– Eh bien, mon ami, donnez-moi tout de suite cinq mille francs et je suis à vous pour un mois, à compter de ce soir.

– Vous êtes folle.

– Vous le prenez ainsi ; bonsoir.

La comtesse sort, et entre dans sa chambre à coucher. Le lit est entr’ouvert. Un vague parfum flotte, imprègne les tentures.

Le comte apparaissant à la porte :

– Ça sent très bon, ici.

– Vraiment ?… Ça n’a pourtant pas changé. Je me sers toujours de peau d’Espagne.

– Tiens, c’est étonnant… ça sent très bon.

– C’est possible. Mais vous faites-moi le plaisir de vous en aller parce que je vais me coucher.

– Marguerite !

– Allez-vous-en !

Il entre tout à fait et s’assied dans un fauteuil.

La comtesse : – Ah ! c’est comme ça. Eh bien, tant pis pour vous.

Elle ôte son corsage de bal lentement, dégageant ses bras nus et blancs. Elle les lève au-dessus de sa tête pour se décoiffer devant la glace ; et, sous une mousse de dentelle, quelque chose de rosé apparaît au bord du corset de soie noire.

Le comte se lève vivement et vient vers elle.

La comtesse : – Ne m’approchez pas, ou je me fâche !…

Il la saisit à pleins bras et cherche ses lèvres.

Alors, elle, se penchant vivement, saisit sur sa toilette un verre d’eau parfumée pour sa bouche, et, par-dessus l’épaule, le lance en plein visage de son mari.

Il se relève, ruisselant d’eau, furieux, murmurant :

– C’est stupide.

– Ça se peut… Mais vous savez mes conditions : Cinq mille francs.

– Mais ce serait idiot !…

– Pourquoi ça !

– Comment, pourquoi ? Un mari, payer pour coucher avec sa femme !…

– Oh !… quels vilains mots vous employez !

– C’est possible. Je répète que ce serait idiot de payer sa femme, sa femme légitime.

– Il est bien plus bête, quand on a une femme légitime, d’aller payer des cocottes.

– Soit, mais je ne veux pas être ridicule.

La comtesse s’est assise sur une chaise longue. Elle retire lentement ses bas en les retournant comme une peau de serpent. Sa jambe rose sort de la gaine de soie mauve, et le pied mignon se pose sur le tapis.

Le comte s’approche un peu et d’une voix tendre :

– Quelle drôle d’idée vous avez là ?

– Quelle idée ?

– De me demander cinq mille francs.

– Rien de plus naturel. Nous sommes étrangers l’un à l’autre, n’est-ce pas ? Or vous me désirez. Vous ne pouvez pas m’épouser puisque nous sommes mariés. Alors vous m’achetez, un peu moins peut-être qu’une autre.

Or, réfléchissez. Cet argent, au lieu d’aller chez une gueuse qui en ferait je ne sais quoi, restera dans votre maison, dans votre ménage. Et puis, pour un homme intelligent, est-il quelque chose de plus amusant, de plus original que de se payer sa propre femme. On n’aime bien, en amour illégitime, que ce qui coûte cher, très cher. Vous donnez à notre amour… légitime, un prix nouveau, une saveur de débauche, un ragoût de… polissonnerie en le… tarifant comme un amour coté. Est-ce pas vrai ?

Elle s’est levée presque nue et se dirige vers un cabinet de toilette.

– Maintenant, monsieur, allez-vous-en, ou je sonne ma femme de chambre.

Le comte debout, perplexe, mécontent, la regarde, et, brusquement, lui jetant à la tête son portefeuille :

– Tiens, gredine, en voilà six mille… Mais tu sais ?…

La comtesse ramasse l’argent, le compte, et d’une voix lente :

– Quoi ?

– Ne t’y accoutume pas.

Elle éclate de rire, et allant vers lui :

– Chaque mois, cinq mille, monsieur, ou bien je vous renvoie à vos cocottes. Et même si… si vous êtes content… je vous demanderai de l’augmentation.

Guy de Maupassant (1883).

mardi 17 novembre 2009

Duchesse

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Almery Lobel-Riche (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

Duchesse

La Duchesse sur le prie–gueux

Consentit à baisser les yeux :

Chaumière toute entière,

Jusqu’à son corps de pierre

Dévoré par le feu

Et le flot amoureux,

Elle ploie et chancelle

Sur cette balancelle

Où l’amant de roture

La mène , elle n’en a cure,

Par des voies sans honneur,

Aux portes du bonheur.

Duchesse a renoncé

Aux fastes maquillés,

Aux prébendes charnelles,

Aux mensonges des belles ;

Elle chante à voix pleine

La joie du creux de l’aine,

Elle goûte sans honte

À la vague qui monte,

Au fruit de son amant

Qui navigue hardiment

Ou mène tendrement

Son gentil bâtiment.

Duchesse enfin s’abaisse

Et la glèbe caresse,

Et maintenant confesse

Au rustaud qui la presse,

Tout l’abandon pâmé

De sa chair enflammée.

© P.L.

(texte protégé par Copyright France, merci à P.L. de m'avoir permis de le présenter ici)

jeudi 8 octobre 2009

L'avocat poussé à bout

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Achille Devéria

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L'avocat poussé à bout

Un avocat fut consulté

Par un tendron d’aimable mine,

Qu’un gars avait trop insulté.

L’homme de Loi qui l’examine,

Trouve sous sa simple étamine

Deux grands yeux pleins de volupté,

Certain air de naïveté

Peint sur sa figure enfantine,

Un sein par l’Amour agité,

Qui se soulève, se mutine,

Et semble en sa captivité

Appeler une main lutine

Qui lui rende la liberté.

Notre avocat est transporté.

Il lorgne une taille divine,

Des pieds mignons et délicats,

Et ce qu’il voit de tant d’appas

Ne vaut pas ce qu’il en devine.

Avec ces titres de faveur,

On peut compter sur la ferveur

Du légiste le plus austère.

Le nôtre, expert dans tous les droits,

Avait, dit-on, plus d’une fois

Pris ses licences à Cythère.

Enfin, près de la belle assis,

Il veut, sans détour, sans mystère,

De son cas avoir le précis.

« Las ! dit la belle désolée,

Je vais rappeler mon esprit,

Et vous conter comment s’y prit

Le fripon qui m’a violée.

Il avait un air tendre et doux,

La taille la mieux découplée,

Et le regard… tout comme vous. »

Notre grave Jurisconsulte,

Flatté d’avoir les mêmes traits,

En ressent une joie occulte ;

Et rajeuni par tant d’attraits,

S’approche encor un peu plus près

De la beauté qui le consulte.

« Poursuivez ce récit, dit-il,

Car votre affaire m’intéresse.

– Ah ! Monsieur, qu’il était subtil !

Que l’Amour inspire d’adresse !

Ses yeux sur mes faibles attraits

Se promenaient avec ivresse. »

L’avocat qu’un même feu presse,

N’a pas des regards plus discrets.

« Ce n’est pas tout, sa main hardie

Saisit la mienne au même instant. »

Vous sentez, sans que je le dis,

Que l’avocat en fit autant.

« Ce n’est pas tout, sa perfidie

Méditait un autre dessein,

Et toujours plus audacieuse,

Bientôt sa main licencieuse

Fourrage les lys de mon sein. »

Notre avocat sur ce modèle,

Glissant une furtive main

A travers la gaze infidèle,

Enfile le même chemin.

« Ce n’est pas tout, d’un air farouche,

A ses feux je veux m’opposer.

Déterminée à tout oser,

Sa bouche se colle à ma bouche. »

L’avocat que l’exemple touche,

Ravit un semblable baiser.

Ravit ! je faux, on le lui donne,

On feint de n’y pas consentir :

Mais c’est pour mieux faire sentir

Le prix de ce qu’on abandonne.

Femmes, osez me démentir :

Celle qui jamais ne pardonne

Est trop sujette au repentir.

« Ce n’est pas tout, son feu redouble,

Il me transporte malgré moi ;

Les genoux tremblants et l’oeil trouble…

Je ne sais plus ce que je vois. »

L’avocat non moins troublé qu’elle,

Répète une leçon si belle.

Tous deux bientôt perdent la voix.

Tous deux se plongent à la fois

Dans une extase mutuelle.

Notre avocat crut jusqu’au bout

Avoir imité son modèle.

« Ce n’est pas tout, dit la donzelle.

– Comment, Diable ! ce n’est pas tout !

Qu’avait-il de plus à vous faire ?

Vous m’étonnez ! dites ma chère,

Comment la chose se passa ?

– Eh ! mais voici tout le mystère,

Monsieur, c’est qu’il recommença. »

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François - Félix NOGARET (1740 – 1831)

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Et si cela vous dis, L'avocat poussé à bout est à écouter sur podcast ! je n'ai pas pu résister...


samedi 5 septembre 2009

Me coucher, le visage sous son trésor

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Tom Poulton

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Un passage que je trouve superbe et que je viens de trouver chez Michel Koppera. Un passage du livre "Le carnet de Rrose" d'Alina Reyes (justement un livre que j'avais envie de lire il y a plusieurs mois de cela, voilà qui ne fait que remettre au goût du jour cette envie) :

Dans les grands moments on peut se servir des trois entrées alternativement et dans tous les ordres. On n’est que deux mais alors ça fait plus perdre la tête qu’une orgie pleine de monde.

Perdre le sentiment et le goût de l’orgie en amour c’est presque tout perdre. J’aime par exemple, faire mettre l’homme à quatre pattes, lui mordre, lui malaxer, lui frapper les fesses ; me coucher, le visage sous son trésor qui pend, pour le mordiller et le suçoter et m’enfoncer sa tige jusqu’aux amygdales ; puis me relever et le traire par derrière, en léchant sa petite rose à lui et en y enfonçant mes doigts. J’aime sentir sous sa peau le flot qui vient en battant fort et va tomber lourdement sous lui, sur le drap ou par terre.

lundi 13 juillet 2009

Retard d'affection

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Juste un passage rapide pour vous montrer cet extrait du livre de Hervé Le Tellier "La chapelle Sextine":

Dans une chambre mansardée donnant sur une cour parisienne, le robinet de l'évier émet un floc régulier. Recroquevillé sur le lit défait, Farid caresse la main d'une femme endormie, au visage mûr et joliment ridé. Comment que je lui ai filé un coup dans l'calcif, cassé la rondelle, léché la chagatte, brouté le cresson et suçoté la praline, à la Yolande, se dit Farid, qui était (lui aussi) en retard d'affection.

C'est sûr que, songe le jeune linguiste, dit comme ça, ça vous a tout de suite une autre gueule.

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