Des sens

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Scènes d'amour dans les romans non classés érotiques ou X

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mercredi 11 novembre 2009

Les coups de boutoir

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(Photo du Cabinet de curiosité)

- Je sens monter en moi avec une violence inouïe un désir fou et exacerbé pour ta personne infiniment lascive. Je veux te sentir pantelante sous mes coups de boutoir.

Andréa gomma au Kleenex un surplus de rouge à lèvres.

- De boutoir...

Marc hocha la tête affirmativement.

- De boutoir. J'ai dû voir une bonne trentaine de films où la même scène se reproduisait avec une similarité exemplaire : un couple jeune et élégant se prépare à une réception fort habillée et, au moment où ils sont fin sapés, ils se précipitent l'un sur l'autre et dérangent le bel ordonnancement vestimentaire qui leur a coûté un après-midi d'efforts. Je veux vivre ce moment cinématographique.

- Cela doit correspondre à une tendance inconsciente de grande envergure de destruction et de saccage. Obéir à cet instinct, c'est s'abaisser au rang de la bête.

Marc bondit sur elle et lui porta une prise de lutteur.

- Absolument, ce retour à la bestialité a quelque chose d'indigne et de déshonorant pour l'âme.

Andréa vérifia l'heure d'un coup d'œil à son bracelet-montre.

- Cinq minutes, dit-elle, tu as cinq minutes pour plonger dans l'abjection la plus totale.

Marc sourit.

- Je suis le roi de l'éjaculation précoce. La scène est filmée en gros plan, titre du film : Par ici la bonne soupe.

Il la souleva de terre.

- Je ne peux pas faire l'amour quand je ris.

Marc défit sa ceinture.

- Ne ris pas, nous sommes des monstres de lubricité.

Elle parvint à s'extirper de sa robe.

- Alors, ces coups de boutoir ?

- Une seconde, dit Marc, je n'ai plus tout à fait dix-huit ans.

Elle l'embrassa dans le cou.

- Tu as forcé sur l'eau de toilette...

- Des vagues de volupté les emportèrent dans la grande houle du sexe, il leur sembla être sur un radeau balloté dans la tempête tumultueuse des sens.

- Les naufragés de l'amour, murmura Andréa.

Le téléphone sonna à cet instant, Marc escalada Andréa. La voix de Jean-Louis Bergomieux fit vibrer l'appareil.

- Qu'est-ce que vous foutez ?

- On baise, hurla Marc.

- Précise qu'on essaie, souffla Andréa.

- Grouillez-vous, dit Jean-Louis, je suis stationné en double file.

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Passage de "Haute-Pierre" de Patrick Cauvin.

vendredi 9 octobre 2009

Stupeur postcoïtale

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Nous avons fini par nous relever du canapé. Elle m'a proposé d'emporter le champagne et les verres au lit, et je l'ai suivie dans sa chambre. Pendant que nous retirions les quelques vêtements que nous avions encore sur nous, j'ai remarqué :

- Me déshabiller après avoir fait l'amour, ça ne m'était jamais arrivé.

- Qui a dit que c'était terminé pour aujourd'hui ?

- Pas moi ai-je soufflé en me glissant entre les draps blancs amidonnés.

Je l'ai regardée se dénuder entièrement, mais elle a protesté :

- Ne me fixe pas comme ça, s'il te plaît.

- Pourquoi pas ? Tu es si belle...

- Oh, voyons ! J'ai les hanches trop larges, et j'ai de la cellulite sur les cuisses, et...

- Tu es belle.

- Et toi, tu es dans un état de stupeur postcoïtal où tu n'as plus aucun sens de l'esthétique.

- Je maintiens ce que je dis.

Elle s'est blottie près de moi en souriant.

- Merci d'être si myope.

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Passage de "La femme du V ième" de Douglas Kennedy.

lundi 5 octobre 2009

Sous le voile de la nuit

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(cliquez sur les illustrations pour les agrandir)

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- Que de fois, adolescent, et plus tard après l'adolescence, j'ai croisé un regard, un sourire. Je rêvais la nuit que ce regard devenait présence, devenait chair, femme, éblouissement dans le noir. Et soudain, dans l'obscurité de cette nuit, dans ce pavillon irréel, dans cette ville irréelle, te voici, femme, belle, poétesse de surcroît, offerte.

Elle rit.

- Offerte, qu'en sais-tu ? Tu ne m'as pas frôlée, tu ne m'as pas vue, et ne me verras pas, puisque je partirai bien avant que le soleil ne me chasse.

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Picasso

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Dans l'obscurité toujours épaisse, un long frottement désordonné de soie, un parfum. Omar retient son souffle, sa peau est en éveil ; il ne peut s'empêcher de demander, avec la naïveté d'un écolier :

- As-tu encore ton voile ?

- Je n'ai plus d'autre voile que la nuit.

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Passage de "Samarcande" de Amin Maalouf.