Chacun souriait d’aise et se prélassait en devisant avec son voisin. Le repas allait bon train, les verres s’entrechoquaient et les rires fusaient de toute part. Une impression de délassement général l’emportait toujours au cours de ces réunions. Muriel avait un don inné pour nous faire oublier nos petits tracas quotidiens, elle nous transportait dans un autre univers sans bouger le petit doigt, enfin presque…

L’heure tant attendu du dessert approchait, la salade de fruits trônait magistralement au milieu de la table, ainsi qu’une assiette de truffes au chocolat et une bouteille de Monbazillac, le péché mignon de notre hôtesse.

Tout cela fondait dans la bouche, nos papilles en frémissaient de bonheur. Certains fermaient les yeux pour mieux savourer, d’autres remerciaient le ciel de tant de douceurs, d’autres encore tournaient leurs yeux extatiques vers celle qui nous offrait ces délices.

Muriel, de son côté se laissait aller à la dégustation. Elle semblait fondre de plaisir en même temps que les fruits lui glissaient dans la bouche. Sur sa langue elle les déposait, juteux. Sous son palais, on pouvait suivre le parcours des pommes, poires et autres ingrédients. Ses lèvres rougis brillaient un peu plus. Ses gestes plus lents invitaient à la décontraction.

Du bout de ses doigts, elle prenait une truffe qu’elle léchait de la pointe de la langue avant de l’engloutir toute entière d’un rire gourmand. Une gorgée de vin sucré mettait le feu à ses yeux et le rouge à ses pommettes. Rien que de la voir faire, notre plaisir s’accentuait.

- Mon père, dit-elle subitement, coupant court aux conversations croisées à propos des dernières frasques de notre député – il aurait, parait-il, trempé dans une sordide affaire de pots de vin doublée de quelques parties fines nocturnes. Tout un programme ! – goûtez moi donc cette poire juteuse issue de mon verger.

Elle prit un couteau d’argent à manche de nacre et entreprit d’un geste délicat le déshabillage du divin fruit.

- Muriel, ne me tentez pas, répondit le religieux en riant trop clair, quoique Dieu me soit témoin que cette douce poire est bien un don de Lui et que nous pouvons en jouir sans crainte, chère amie.

Elle leva les yeux sur l’homme encore jeune et le gratifia d’un regard de connivence. « Bien sûr que nous pouvons jouir de ces fruits en toute quiétude puisque c’est Lui-même qui nous les a crée »

Le silence se fit instantanément autour de la table ; apportant la preuve - s’il en était besoin - que les aventures de notre député n’étaient là que pour tenter de tuer le temps pour les instants infiniment regrettables et inintéressants où la jeune femme ne s’occupait plus de nous.

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par Claire Ogie & Yann Sayr