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Rojan (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

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La potiche

Marc observait Juliette à la dérobée depuis plusieurs jours. Au lycée ils étaient dans la même classe, c’était facile. Mais ce qui était plus compliqué, c’était d’arriver à savoir s’il avait ses chances avec elle ou pas.

Juliette était une fille assez hautaine, tout en étant réservée, discrète. Et en même temps, elle n’avait pas sa langue dans sa poche, ce n’était pas une timide au sens normal du terme.

Par exemple, la semaine précédente, Juliette avait balancé ses quatre vérités à la prof de français. Tout le monde en était resté bouche bée, personne ne s’y attendait. Elle était comme ça Juliette, elle agissait, sans préavis, parce qu’elle trouvait qu’elle en avait assez supporté comme ça, qu’il était temps de remettre un peu d’ordre, de remettre les choses et les gens à leur place. L’effet était foudroyant, la peur et la stupeur se lisant aussitôt dans les yeux de la victime.

Elle était cassante Juliette.

Et puis, après avoir demandé leur avis à plusieurs copains, Marc s’était lancé, il avait invité Juliette à un anniversaire. Et surprise ! elle avait accepté. Il n’en revenait pas.

Ils s’étaient donné rendez-vous devant la gare, il l’attendrait là, avec sa voiture, pour se rendre ensemble jusqu’au lieu des réjouissances. Juliette portait une petite jupe droite et courte, d’un style très classique, sobre, qui mettait ses jambes en valeur, mais qui allait détonner avec le style des amis chez qui ils allaient.

Elle ne faisait jamais comme les autres Juliette. Elle n’aimait pas se fondre dans la masse.

Arrivés sur place, elle s’était installée sur une chaise après avoir souhaité un bon anniversaire à la maîtresse des lieux qu’elle ne connaissait absolument pas. Juliette ne connaissait personne à cette fête.

De la musique plein les oreilles, des gens qui dansent, un groupe de filles qui s’installe à côté d’elle et jacassent sans fin en bavant sur le dos de ceux qui se trémoussent sur la piste de danse, les potins du coin, le dernier prix de la trousse de maquillage, les dernières fringues à la mode. Juliette attendait et observait.

Marc dansait, il lui avait apporté un verre, il lui avait demandé si tout allait bien pour elle.

- Oui, oui, tout va bien. Lui avait-elle répondu.

Elle ne bougeait pas. Une potiche. Juliette faisait la potiche sur sa chaise. Marc ne savait plus quoi faire. Il faisait la navette entre ses amis et cette fille qui avait accepté son invitation sans qu’il sache pourquoi. La soirée était déjà bien entamée, Juliette n’avait toujours pas bougé.

Et puis, après les déchaînements musicaux de différents groupes, arrive enfin un slow. Marc s’approche de Juliette, peut-être que… Il l’invite à danser. Elle accepte. Juliette se lève et se glisse entre les bras de Marc. Va-t-il oser l’embrasser, après un tel début de soirée, il va se prendre une claque en travers de la figure, c’est certain, mais pourquoi a-t-elle accepté son invitation !!??

Il se penche vers elle, ses lèvres effleurent son visage et rencontrent d’autres lèvres qui se tendent vers lui. Un long baiser. Un très long baiser. Un baiser bien trop court, le slow se termine déjà. Il la tient dans ses bras là, ils se sourient.

- On sort ? il y a trop de monde ici.

- Oui.

- Viens.

Ils partent, dans les bras l’un de l’autre. Ils vont se réfugier dans la voiture garée un peu plus loin. C’est l’hiver, il fait froid mais ce n’est pas grave, ils vont se réchauffer. Ils soufflent tous les deux comme des fous en riant pour couvrir les vitres de buée, pour s’enfermer dans leur cocon de métal. Pour se cacher des regards d’autrui avant de s’enlacer pour une danse d’un tout autre genre, une danse qui convient bien mieux à Juliette.

- Mais alors c’est pour ça que tu es venu ? c’est ce que tu attendais ?!

- Mais qu’est-ce que tu croyais !

C'est fou la patience qu'il faut lorsque l'on fait la potiche.

© Claire Ogie