Mort de son homme
Par Claire Ogie le lundi 7 septembre 2009, 12:52 - Mes petits mots - Lien permanent
Pierre et Lucille avaient
passé la plus grande partie de leur vie ensemble. Ils avaient fondé une famille
et donné le jour à trois enfants. Après trente ans de vie commune, Pierre se
retrouva cloué au lit. Un cancer généralisé s’étant emparé de son corps. En
l’espace de quelques semaines, il ne se reconnaissait plus. Juste la peau sur
les os, voilà ce que son reflet dans le miroir lui indiquait. Plus d’activité,
plus de force, un légume. C’est ainsi qu’il se voyait. Un matin, pourtant, il
se réveilla de meilleure humeur. Il n’en revenait pas. Son corps revivait. Il
se touchait. Sa virilité était bien là. Il s’agitait dans tous les sens. Pierre
appelait sa femme, Lucille. Il était stupéfait. Il n’y croyait plus. Allait-il
enfin prendre le dessus sur cette maladie infernale ? Il ne tenait plus en
place. Le délire, l’extase, la vie. IL BANDAIT A NOUVEAU !!! Nu, debout, il
courait à travers la maison à la recherche de sa femme, à la recherche de son
épouse, à la recherche de Lucille.
« Viens chérie, viens, je veux te faire l’amour. Regarde, je suis à nouveau un homme !! » Elle, riant aux éclats pour cacher ses larmes, s’enfuyait devant ce corps décharné qui la poursuivait de ses assiduités. Comment pouvait-il encore vouloir lui faire l’amour ?! Il n’y survivrait pas. Un enfant, un petit garçon, tenant à peine debout, et se redécouvrant homme devant sa femme. Un élan brutal et délirant s’était emparé de lui. Pierre voulait vivre. Son corps le lui criait. Son sexe le déclarait. Il voulait lui prouver, et se prouver à lui-même, qu’il était toujours celui que Lucille avait épousé.
C’était une semaine avant que la flamme de la vie ne le quitte pour toujours.
Aurait-elle dû lui faire l’amour une dernière fois ? Aurait-elle dû lui offrir ce cadeau, cet ultime cadeau ? Que faire dans un tel cas ? Jouer la carte de la raison ou, se jeter corps et âme dans la folie. Partir dans une dernière érection, s’envoler à tout jamais en laissant une femme en larmes derrière lui. Une femme le serrant contre elle, le serrant en elle, bien au chaud, à l’abri du danger. Est-ce cela qu’elle aurait dû faire ? Lui offrir de ce blottir en elle comme un petit oiseau au creux de son nid ? Celui pour qui elle avait vécu, celui qu’elle aimait tellement. Plus jamais, elle ne pourrait vivre sans lui. Plus jamais, Elle ne pourrait se laisser vivre comme avant. Pour elle, le programme était simple. S’effacer. Disparaître, petit à petit. Ne plus exister. S’enfuir, pour le rejoindre. Attention, sans vraiment se suicider aux yeux de tous. On ne fait pas de telles choses. Le suicide est honni. Mais, l’air de rien, à coups de verres de whisky, tout est possible. Le temps. Il lui faudra juste du temps. Ce n’est qu’une question de temps. Dix ans, qu’est-ce que c’est dans une vie ? Un calvaire pour celle qui, pressée d’en finir, ne fait qu’aligner les verres, les bouteilles, et refuse d’ouvrir sa porte aux autres. Sa porte intérieur s’est définitivement fermée, verrouillée depuis la mort de son homme. Plus de place pour le reste, plus d’envie, plus de désir, plus rien. Le néant.
© Claire Ogie
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(ceci est un ancien texte que j'ai ressorti, en réponse à la discussion avec Valanos dans La femme qui saute)

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"Un chant d'amour est comme une caresse mise en musique." Sigmund Romberg.
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"Ses baisers laissaient à désirer...son corps tout entier." Woody Allen.
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"La séduction est de l'ordre du rituel, le sexe et le désir de l'ordre du naturel." Jean Baudrillard.
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"Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu." Chamfort.
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"L'unique règle de plaire est de trouver un appétit que l'on a laissé affamé. S'il le faut provoquer, que ce soit plutôt par l'impatience du désir que par dégoût de la jouissance." Baltasar Gracia Y Morales.
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"Plus l'amour est nu, moins il a froid." John Owen.
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"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal.
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"Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève." Frédéric Dard.
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"La vie sexuelle de chacun est en partie composée de fantasmes, en partie inspirée de modèles littéraires, de mythes, d'histoires ainsi que d'images et de films." David Lodge.
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Commentaires
Merci pour cette réponse...ça me touche et ça illustre bien je trouve, la difficulté rencontrée par l'autre lorsque la camarde s'invite à la fête des sens. Cet élan de l'Amour qui vainc la maladie, c'est beau. Vouloir offrir à elle qu'on aime ses dernières forces pour lui rappeler ce qu'on a été et ce qui a fait partie de leur amour. Et la tristesse de la femme qui regrette...
La fin m'a particulièrement touché parce que j'ai quelqu'un dans ma famille qui agit exactement comme cela, qui a cessé de vivre lorsque son compagnon est parti, c'était il y a presque 15 ans mais ça continue à nous faire bcp de peine pour nous et pour cette personne. Une mort dans la vie, un esprit qui a tiré le rideau...
Je dois avouer que j'y vois une métaphore, avec une autre mort, celle de l'Amour. Si vos protagonistes continuent de s'aimer par delà la mort, je ne peux m'empêcher de songer que lorsque l'amour physique disparait de la vie d'un couple; c'est le début d'une mort annoncée; celle de la passion. Je reconnais que le raccord est franchement exagéré mais c'est ainsi que je le ressens...
En fait, cet élan de l'amour avait reçu un énorme coup de pouce de la médecine, on lui avait fait une transfusion sanguine la veille, le retour de son érection du matin était donc la suite logique de cette transfusion sanguine.
Pour ce qui est du questionnement, c'est le mien, et pas forcément celui de cette femme. J'ignore totalement le fruit de ses réflexions à ce moment là. C'est juste mes impressions personnelles, mon questionnement face à cette histoire. En fait, je ne sais pas du tout si elle avait regretté quoi que ce soit.
"lorsque l'amour physique disparait de la vie d'un couple; c'est le début d'une mort annoncée; celle de la passion."
On dit que la passion n'existe que deux à trois années, alors un couple qui dure pendant trente ans... n'est plus dans la passion depuis belle lurette. Et pourtant cela n'empêche en rien les relation physiques. Il est dans l'amour. Mais l'amour sans relation physique devient de l'amitié, enfin pour moi, une forme de tendresse au quotidien sans la fusion qui nous relie à l'immensité. Un amour calme, tranquille, qui peut convenir avec la situation d'une maladie, mais qui ne convient pas lorsque l'on est en pleine santé, en pleine puissance de ses moyens physiques.
Les relations qui s'intaurent dans la maladie sont si complexes. Faire l'amour à la mort est un acte difficile et le refuser peut faire porter une culpabilité destructrice. A t-il pensé à la préserver en lui demandant ça...
C'était un cri du cœur, un cri de la vie Juliette. Pense-t-on lorsque la vie crie brutalement en nous ? Je ne crois pas. C'est comme une naissance, une renaissance. Le nouveau né crie à la vie.