L'avocat poussé à bout
Par Claire Ogie le jeudi 8 octobre 2009, 10:10 - Mots des autres - Lien permanent
Achille Devéria
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L'avocat poussé à bout
Un avocat fut consulté
Par un tendron d’aimable mine,
Qu’un gars avait trop insulté.
L’homme de Loi qui l’examine,
Trouve sous sa simple étamine
Deux grands yeux pleins de volupté,
Certain air de naïveté
Peint sur sa figure enfantine,
Un sein par l’Amour agité,
Qui se soulève, se mutine,
Et semble en sa captivité
Appeler une main lutine
Qui lui rende la liberté.
Notre avocat est transporté.
Il lorgne une taille divine,
Des pieds mignons et délicats,
Et ce qu’il voit de tant d’appas
Ne vaut pas ce qu’il en devine.
Avec ces titres de faveur,
On peut compter sur la ferveur
Du légiste le plus austère.
Le nôtre, expert dans tous les droits,
Avait, dit-on, plus d’une fois
Pris ses licences à Cythère.
Enfin, près de la belle assis,
Il veut, sans détour, sans mystère,
De son cas avoir le précis.
« Las ! dit la belle désolée,
Je vais rappeler mon esprit,
Et vous conter comment s’y prit
Le fripon qui m’a violée.
Il avait un air tendre et doux,
La taille la mieux découplée,
Et le regard… tout comme vous. »
Notre grave Jurisconsulte,
Flatté d’avoir les mêmes traits,
En ressent une joie occulte ;
Et rajeuni par tant d’attraits,
S’approche encor un peu plus près
De la beauté qui le consulte.
« Poursuivez ce récit, dit-il,
Car votre affaire m’intéresse.
– Ah ! Monsieur, qu’il était subtil !
Que l’Amour inspire d’adresse !
Ses yeux sur mes faibles attraits
Se promenaient avec ivresse. »
L’avocat qu’un même feu presse,
N’a pas des regards plus discrets.
« Ce n’est pas tout, sa main hardie
Saisit la mienne au même instant. »
Vous sentez, sans que je le dis,
Que l’avocat en fit autant.
« Ce n’est pas tout, sa perfidie
Méditait un autre dessein,
Et toujours plus audacieuse,
Bientôt sa main licencieuse
Fourrage les lys de mon sein. »
Notre avocat sur ce modèle,
Glissant une furtive main
A travers la gaze infidèle,
Enfile le même chemin.
« Ce n’est pas tout, d’un air farouche,
A ses feux je veux m’opposer.
Déterminée à tout oser,
Sa bouche se colle à ma bouche. »
L’avocat que l’exemple touche,
Ravit un semblable baiser.
Ravit ! je faux, on le lui donne,
On feint de n’y pas consentir :
Mais c’est pour mieux faire sentir
Le prix de ce qu’on abandonne.
Femmes, osez me démentir :
Celle qui jamais ne pardonne
Est trop sujette au repentir.
« Ce n’est pas tout, son feu redouble,
Il me transporte malgré moi ;
Les genoux tremblants et l’oeil trouble…
Je ne sais plus ce que je vois. »
L’avocat non moins troublé qu’elle,
Répète une leçon si belle.
Tous deux bientôt perdent la voix.
Tous deux se plongent à la fois
Dans une extase mutuelle.
Notre avocat crut jusqu’au bout
Avoir imité son modèle.
« Ce n’est pas tout, dit la donzelle.
– Comment, Diable ! ce n’est pas tout !
Qu’avait-il de plus à vous faire ?
Vous m’étonnez ! dites ma chère,
Comment la chose se passa ?
– Eh ! mais voici tout le mystère,
Monsieur, c’est qu’il recommença. »
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François - Félix NOGARET (1740 – 1831)
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Et si cela vous dis, L'avocat poussé à bout est à écouter sur podcast ! je n'ai pas pu résister...



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"Un chant d'amour est comme une caresse mise en musique." Sigmund Romberg.
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"Ses baisers laissaient à désirer...son corps tout entier." Woody Allen.
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"La séduction est de l'ordre du rituel, le sexe et le désir de l'ordre du naturel." Jean Baudrillard.
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"Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu." Chamfort.
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"L'unique règle de plaire est de trouver un appétit que l'on a laissé affamé. S'il le faut provoquer, que ce soit plutôt par l'impatience du désir que par dégoût de la jouissance." Baltasar Gracia Y Morales.
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"Plus l'amour est nu, moins il a froid." John Owen.
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"Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." Blaise Pascal.
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"Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève." Frédéric Dard.
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"La vie sexuelle de chacun est en partie composée de fantasmes, en partie inspirée de modèles littéraires, de mythes, d'histoires ainsi que d'images et de films." David Lodge.
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Commentaires
Délicieux, ce texte ! Adorablement fripon !
c'est absolument délicieux !!!
bisous Claire
Oui, délicieux.
J'y mettrais cependant un bémol...
Longtemps on a dit des femmes violées qu'elles étaient consentantes ou qu'elles l'avaient bien cherché... C'est un peu ce qu'on nous conte ici, non ?
Ah ! merci Jean-Pierre, c'est en effet une réflexion que j'attendais et qui ne semblait pas venir.
D'où toute l'ambiguïté d'une telle situation, d'une telle histoire, surtout à l'époque où elle a été écrite ! Nogaret (1740-1831).
Disons qu'ici, il semblerait qu'il s'agisse "réellement" d'un jeu, d'un jeu avec une naïveté rêvée, d'un jeu avec une ingénue libertine ; mais aussi d'un jeu avec le feu, et le feu de ce doute à notre esprit. Tous les doutes sont permis, même si j'ai finalement pris la décision de le prendre dans le sens jeu coquin, sans autre horreur cachée derrière, où tout du moins je l'espère, on ne peut jamais vraiment savoir à quoi pensait l'auteur en écrivant ces lignes.
Merci pour ce bémol tant attendu Jean-Pierre.