Des sens

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jeudi 1 avril 2010

Suprêmes ivresses

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Un ancien texte déjà mis sur ce blog il y a environ un an, mais je l'aime bien, alors... (et merci à Camille MM pour la découverte d'Albert Hendschel !).

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Albert Hendschel (1834-1883), cliquez sur les illustrations pour les agrandir.

Raffinement

Quand ils eurent goûté les suprêmes ivresses,

Ils cachèrent leurs corps, meurtris par les caresses,

Sous les draps qui fleuraient la lavande et la peau,

Et, les yeux fermés, les bras formant étau,

Leurs êtres lentement, sous l'ardeur des étreintes,

Sentir se rallumer les voluptés éteintes.

<< - Recommençons >>, dit-il ; et, le sourire aux dents,

La femme murmura tout bas des mots ardents.

Puis, doux comme un soupir, de sa bouchette rose

S'exhalèrent ces mots : << Non ! cherchons autre chose. >>

Et, comme lui, naïf la regardait, béat...

<< - Tu ne devines pas ? ...donne ta langue au chat. >>

.

Anonyme (1900)

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mardi 23 mars 2010

Cérémonie du thé

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Je me souviens des après-midi entre femmes dans notre grande maison à Fès. Elles se réunissaient pour boire du thé tout en préparant des gâteaux. Elles riaient, plaisantaient, disaient des gros mots oubliant que j'étais là ; je faisais semblant de dormir. Elles évoquaient le sexe des hommes. Certaines se levaient et dansaient. Ma mère était très pudique. Sa sœur cadette était plus effrontée. Avec la pâte d'amandes pour les cornes de gazelle, elle a sculpté un gros pénis et ses testicules, l'a roulé dans la farine et l'a envoyé au four. Les femmes se disputèrent pour le manger. Je riais en douce dans mon coin.

Passage du livre de Tahar Ben Jelloun "Sur ma mère".

lundi 11 janvier 2010

Jeu d'échec érotique d'inspiration antique

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(cliquez sur les photos pour les agrandir)

Une trouvaille amusante, et un tantinet compliqué pour s'y retrouver dans les pièces, un jeu d'échec uniquement constitué de scènes érotiques empruntés à l'héritage culturel antique de la Grèce et de Rome. Je vous laisse découvrir.

Les blancs (socle des pièces) sont représentés par des personnages grecs, les noirs sont les romains.

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Les pions blancs montrent des satyres seuls, avec des objets quotidiens, inspirés de peintures de vases antique.

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Il est bien connu que la reine est le morceau le plus actif. Il est représenté par un cavalier sur un phallus ailé (d'une amphore grecque ancienne de 450 av. J.C.). Il démontre le culte phallique prévalant en Grèce antique en ce temps.

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Le roi, le morceau puissant mais maladroit, est présenté avec une composition complexe d'orgie avec une ménade et deux satyres. Cet épisode touche à la peinture d'une amphore de 540 av. J. C.

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Un fou

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Un cavalier

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Une tour

"Au jeu d'échecs, les fous sont les plus près du roi." Proverbe français.

Et pour en voir plus, je vous propose de visiter la galerie : Jeu d'échec érotique.

vendredi 27 novembre 2009

Au bord du lit

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Achille Devéria (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

Au bord du lit

Un grand feu flambait dans l’âtre. Sur la table japonaise, deux tasses à thé se faisaient face, tandis que la théière fumait à côté contre le sucrier flanqué du carafon de rhum.

Le comte de Sallure jeta son chapeau, ses gants et sa fourrure sur une chaise, tandis que la comtesse, débarrassée de sa sortie de bal, rajustait un peu ses cheveux devant la glace. Elle se souriait aimablement à elle-même en tapotant, du bout de ses doigts fins et luisants de bagues, les cheveux frisés des tempes. Puis elle se tourna vers son mari. Il la regardait depuis quelques secondes, et semblait hésiter comme si une pensée intime l’eût gêné.

Enfin il dit :

– Vous a-t-on assez fait la cour, ce soir ?

Elle le considéra dans les yeux, le regard allumé d’une flamme de triomphe et de défi, et répondit :

– Je l’espère bien !

Puis elle s’assit à sa place. Il se mit en face d’elle et reprit en cassant une brioche.

– C’en était presque ridicule… pour moi ?

Elle demanda : – Est-ce une scène ? avez-vous l’intention de me faire des reproches ?

– Non, ma chère amie, je dis seulement que ce M. Burel a été presque inconvenant auprès de vous. Si… si… si j’avais eu des droits… je me serais fâché.

– Mon cher ami, soyez franc. Vous ne pensez plus aujourd’hui comme vous pensiez l’an dernier, voilà tout. Quand j’ai su que vous aviez une maîtresse, une maîtresse que vous aimiez, vous ne vous occupiez guère si on me faisait ou si on ne me faisait pas la cour. Je vous ai dit mon chagrin, j’ai dit, comme vous ce soir, mais avec plus de raison : Mon ami, vous compromettez madame de Servy, vous me faites de la peine et vous me rendez ridicule. Qu’avez-vous répondu ? Oh ! vous m’avez parfaitement laissé entendre que j’étais libre, que le mariage, entre gens intelligents, n’était qu’une association d’intérêts, un lien social, mais non un lien moral. Est-ce vrai ? Vous m’avez laissé comprendre que votre maîtresse était infiniment mieux que moi, plus séduisante, plus femme ! Vous avez dit : plus femme. Tout cela était entouré, bien entendu, de ménagements d’homme bien élevé, enveloppé de compliments, énoncé avec une délicatesse à laquelle je rends hommage. Je n’en ai pas moins parfaitement compris.

Il a été convenu que nous vivrions désormais ensemble, mais complètement séparés. Nous avions un enfant qui formait entre nous un trait d’union.

Vous m’avez presque laissé deviner que vous ne teniez qu’aux apparences, que je pouvais, s’il me plaisait, prendre un amant pourvu que cette liaison restât secrète. Vous avez longuement disserté, et fort bien, sur la finesse des femmes, sur leur habileté pour ménager les convenances, etc., etc.

J’ai compris, mon ami, parfaitement compris. Vous aimiez alors beaucoup, beaucoup madame de Servy, et ma tendresse légitime, ma tendresse légale vous gênait. Je vous enlevais, sans doute, quelques-uns de vos moyens. Nous avons, depuis lors, vécu séparés. Nous allons dans le monde ensemble, nous en revenons ensemble, puis nous rentrons chacun chez nous.

Or, depuis un mois ou deux, vous prenez des allures d’homme jaloux. Qu’est-ce que cela veut dire ?

– Ma chère amie, je ne suis point jaloux, mais j’ai peur de vous voir vous compromettre. Vous êtes jeune, vive, aventureuse…

– Pardon, si nous parlons d’aventures, je demande à faire la balance entre nous.

– Voyons, ne plaisantez pas, je vous prie. Je vous parle en ami, en ami sérieux. Quant à tout ce que vous venez de dire, c’est fortement exagéré.

– Pas du tout. Vous avez avoué, vous m’avez avoué votre liaison, ce qui équivalait à me donner l’autorisation de vous imiter. Je ne l’ai pas fait…

– Permettez…

– Laissez-moi donc parler. Je ne l’ai pas fait. Je n’ai point d’amant, et je n’en ai pas eu… jusqu’ici. J’attends… je cherche… je ne trouve pas. Il me faut quelqu’un de bien… de mieux que vous… C’est un compliment que je vous fais et vous n’avez pas l’air de le remarquer.

– Ma chère, toutes ces plaisanteries sont absolument déplacées.

– Mais je ne plaisante pas le moins du monde. Vous m’avez parlé du dix-huitième siècle, vous m’avez laissé entendre que vous étiez régence. Je n’ai rien oublié. Le jour où il me conviendra de cesser d’être ce que je sais, vous aurez beau faire, entendez-vous, vous serez, sans même vous en douter… cocu comme d’autres.

– Oh !… pouvez-vous prononcer de pareils mots ?

– De pareils mots !… Mais vous avez ri comme un fou quand madame de Gers a déclaré que M. de Servy avait l’air d’un cocu à la recherche de ses cornes.

– Ce qui peut paraître drôle dans la bouche de madame de Gers devient inconvenant dans la vôtre.

– Pas du tout. Mais vous trouvez très plaisant le mot cocu quand il s’agit de M. de Servy, et vous le jugez fort malsonnant quand il s’agit de vous. Tout dépend du point de vue. D’ailleurs je ne tiens pas à ce mot, je ne l’ai prononcé que pour voir si vous êtes mûr.

– Mûr… Pour quoi ?

– Mais pour l’être. Quand un homme se fâche en entendant dire cette parole, c’est qu’il… brûle. Dans deux mois, vous rirez tout le premier si je parle d’un… coiffé. Alors… oui… quand on l’est, on ne le sent pas.

– Vous êtes, ce soir, tout à fait mal élevée. Je ne vous ai jamais vue ainsi.

– Ah ! voilà… j’ai changé… en mal. C’est votre faute.

– Voyons, ma chère, parlons sérieusement. Je vous prie, je vous supplie de ne pas autoriser, comme vous l’avez fait ce soir, les poursuites inconvenantes de M. Burel.

– Vous êtes jaloux. Je le disais bien.

– Mais non, non. Seulement je désire n’être pas ridicule. Je ne veux pas être ridicule. Et si je revois ce monsieur vous parler dans les… épaules, ou plutôt entre les seins…

– Il cherchait un porte-voix.

– Je… je lui tirerai les oreilles.

– Seriez-vous amoureux de moi, par hasard ?

– On le pourrait être de femmes moins jolies.

– Tiens, comme vous voilà ! C’est que je ne suis plus amoureuse de vous, moi !

Le comte s’est levé. Il fait le tour de la petite table, et, passant derrière sa femme, lui dépose vivement un baiser sur la nuque. Elle se dresse d’une secousse, et, le regardant au fond des yeux :

– Plus de ces plaisanteries-là, entre nous, s’il vous plaît. Nous vivons séparés. C’est fini.

– Voyons, ne vous fâchez pas. Je vous trouve ravissante depuis quelque temps.

– Alors… alors… c’est que j’ai gagné. Vous aussi… vous me trouvez… mûre.

– Je vous trouve ravissante, ma chère ; vous avez des bras, un teint, des épaules…

– Qui plairaient à M. Burel.

– Vous êtes féroce. Mais là… vrai… je ne connais pas de femme aussi séduisante que vous.

– Vous êtes à jeun.

– Hein ?

– Je dis : Vous êtes à jeun.

– Comment ça ?

– Quand on est à jeun, on a faim, et quand on a faim, on se décide à manger des choses qu’on n’aimerait point à un autre moment. Je suis le plat… négligé jadis que vous ne seriez pas fâché de vous mettre sous la dent… ce soir.

– Oh ! Marguerite ! Qui vous a appris à parler comme ça ?

– Vous ! Voyons : depuis votre rupture avec madame de Servy, vous avez eu, à ma connaissance, quatre maîtresses, des cocottes celles-là, des artistes, dans leur partie. Alors, comment voulez-vous que j’explique autrement que par un jeûne momentané vos… velléités de ce soir.

– Je serai franc et brutal, sans politesse. Je suis redevenu amoureux de vous. Pour de vrai, très fort. Voilà.

– Tiens, tiens. Alors vous voudriez… recommencer ?

– Oui, madame.

– Ce soir !

– Oh ! Marguerite !

– Bon. Vous voilà encore scandalisé. Mon cher, entendons-nous. Nous ne sommes plus rien l’un à l’autre, n’est-ce pas ? Je suis votre femme, c’est vrai, mais votre femme – libre. J’allais prendre un engagement d’un autre côté, vous me demandez la préférence. Je vous la donnerai… à prix égal.

– Je ne comprends pas.

– Je m’explique. Suis-je aussi bien que vos cocottes ? Soyez franc.

– Mille fois mieux.

– Mieux que la mieux ?

– Mille fois.

– Eh bien, combien vous a-t-elle coûté, la mieux, en trois mois ?

– Je n’y suis plus.

– Je dis : combien vous a coûté, en trois mois, la plus charmante de vos maîtresses, en argent, bijoux, soupers, dîners, théâtre, etc., entretien complet, enfin ?

– Est-ce que je sais, moi ?

– Vous devez savoir. Voyons, un prix moyen, modéré. Cinq mille francs par mois : est-ce à peu près juste ?

– Oui… à peu près.

– Eh bien, mon ami, donnez-moi tout de suite cinq mille francs et je suis à vous pour un mois, à compter de ce soir.

– Vous êtes folle.

– Vous le prenez ainsi ; bonsoir.

La comtesse sort, et entre dans sa chambre à coucher. Le lit est entr’ouvert. Un vague parfum flotte, imprègne les tentures.

Le comte apparaissant à la porte :

– Ça sent très bon, ici.

– Vraiment ?… Ça n’a pourtant pas changé. Je me sers toujours de peau d’Espagne.

– Tiens, c’est étonnant… ça sent très bon.

– C’est possible. Mais vous faites-moi le plaisir de vous en aller parce que je vais me coucher.

– Marguerite !

– Allez-vous-en !

Il entre tout à fait et s’assied dans un fauteuil.

La comtesse : – Ah ! c’est comme ça. Eh bien, tant pis pour vous.

Elle ôte son corsage de bal lentement, dégageant ses bras nus et blancs. Elle les lève au-dessus de sa tête pour se décoiffer devant la glace ; et, sous une mousse de dentelle, quelque chose de rosé apparaît au bord du corset de soie noire.

Le comte se lève vivement et vient vers elle.

La comtesse : – Ne m’approchez pas, ou je me fâche !…

Il la saisit à pleins bras et cherche ses lèvres.

Alors, elle, se penchant vivement, saisit sur sa toilette un verre d’eau parfumée pour sa bouche, et, par-dessus l’épaule, le lance en plein visage de son mari.

Il se relève, ruisselant d’eau, furieux, murmurant :

– C’est stupide.

– Ça se peut… Mais vous savez mes conditions : Cinq mille francs.

– Mais ce serait idiot !…

– Pourquoi ça !

– Comment, pourquoi ? Un mari, payer pour coucher avec sa femme !…

– Oh !… quels vilains mots vous employez !

– C’est possible. Je répète que ce serait idiot de payer sa femme, sa femme légitime.

– Il est bien plus bête, quand on a une femme légitime, d’aller payer des cocottes.

– Soit, mais je ne veux pas être ridicule.

La comtesse s’est assise sur une chaise longue. Elle retire lentement ses bas en les retournant comme une peau de serpent. Sa jambe rose sort de la gaine de soie mauve, et le pied mignon se pose sur le tapis.

Le comte s’approche un peu et d’une voix tendre :

– Quelle drôle d’idée vous avez là ?

– Quelle idée ?

– De me demander cinq mille francs.

– Rien de plus naturel. Nous sommes étrangers l’un à l’autre, n’est-ce pas ? Or vous me désirez. Vous ne pouvez pas m’épouser puisque nous sommes mariés. Alors vous m’achetez, un peu moins peut-être qu’une autre.

Or, réfléchissez. Cet argent, au lieu d’aller chez une gueuse qui en ferait je ne sais quoi, restera dans votre maison, dans votre ménage. Et puis, pour un homme intelligent, est-il quelque chose de plus amusant, de plus original que de se payer sa propre femme. On n’aime bien, en amour illégitime, que ce qui coûte cher, très cher. Vous donnez à notre amour… légitime, un prix nouveau, une saveur de débauche, un ragoût de… polissonnerie en le… tarifant comme un amour coté. Est-ce pas vrai ?

Elle s’est levée presque nue et se dirige vers un cabinet de toilette.

– Maintenant, monsieur, allez-vous-en, ou je sonne ma femme de chambre.

Le comte debout, perplexe, mécontent, la regarde, et, brusquement, lui jetant à la tête son portefeuille :

– Tiens, gredine, en voilà six mille… Mais tu sais ?…

La comtesse ramasse l’argent, le compte, et d’une voix lente :

– Quoi ?

– Ne t’y accoutume pas.

Elle éclate de rire, et allant vers lui :

– Chaque mois, cinq mille, monsieur, ou bien je vous renvoie à vos cocottes. Et même si… si vous êtes content… je vous demanderai de l’augmentation.

Guy de Maupassant (1883).

jeudi 8 octobre 2009

L'avocat poussé à bout

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Achille Devéria

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L'avocat poussé à bout

Un avocat fut consulté

Par un tendron d’aimable mine,

Qu’un gars avait trop insulté.

L’homme de Loi qui l’examine,

Trouve sous sa simple étamine

Deux grands yeux pleins de volupté,

Certain air de naïveté

Peint sur sa figure enfantine,

Un sein par l’Amour agité,

Qui se soulève, se mutine,

Et semble en sa captivité

Appeler une main lutine

Qui lui rende la liberté.

Notre avocat est transporté.

Il lorgne une taille divine,

Des pieds mignons et délicats,

Et ce qu’il voit de tant d’appas

Ne vaut pas ce qu’il en devine.

Avec ces titres de faveur,

On peut compter sur la ferveur

Du légiste le plus austère.

Le nôtre, expert dans tous les droits,

Avait, dit-on, plus d’une fois

Pris ses licences à Cythère.

Enfin, près de la belle assis,

Il veut, sans détour, sans mystère,

De son cas avoir le précis.

« Las ! dit la belle désolée,

Je vais rappeler mon esprit,

Et vous conter comment s’y prit

Le fripon qui m’a violée.

Il avait un air tendre et doux,

La taille la mieux découplée,

Et le regard… tout comme vous. »

Notre grave Jurisconsulte,

Flatté d’avoir les mêmes traits,

En ressent une joie occulte ;

Et rajeuni par tant d’attraits,

S’approche encor un peu plus près

De la beauté qui le consulte.

« Poursuivez ce récit, dit-il,

Car votre affaire m’intéresse.

– Ah ! Monsieur, qu’il était subtil !

Que l’Amour inspire d’adresse !

Ses yeux sur mes faibles attraits

Se promenaient avec ivresse. »

L’avocat qu’un même feu presse,

N’a pas des regards plus discrets.

« Ce n’est pas tout, sa main hardie

Saisit la mienne au même instant. »

Vous sentez, sans que je le dis,

Que l’avocat en fit autant.

« Ce n’est pas tout, sa perfidie

Méditait un autre dessein,

Et toujours plus audacieuse,

Bientôt sa main licencieuse

Fourrage les lys de mon sein. »

Notre avocat sur ce modèle,

Glissant une furtive main

A travers la gaze infidèle,

Enfile le même chemin.

« Ce n’est pas tout, d’un air farouche,

A ses feux je veux m’opposer.

Déterminée à tout oser,

Sa bouche se colle à ma bouche. »

L’avocat que l’exemple touche,

Ravit un semblable baiser.

Ravit ! je faux, on le lui donne,

On feint de n’y pas consentir :

Mais c’est pour mieux faire sentir

Le prix de ce qu’on abandonne.

Femmes, osez me démentir :

Celle qui jamais ne pardonne

Est trop sujette au repentir.

« Ce n’est pas tout, son feu redouble,

Il me transporte malgré moi ;

Les genoux tremblants et l’oeil trouble…

Je ne sais plus ce que je vois. »

L’avocat non moins troublé qu’elle,

Répète une leçon si belle.

Tous deux bientôt perdent la voix.

Tous deux se plongent à la fois

Dans une extase mutuelle.

Notre avocat crut jusqu’au bout

Avoir imité son modèle.

« Ce n’est pas tout, dit la donzelle.

– Comment, Diable ! ce n’est pas tout !

Qu’avait-il de plus à vous faire ?

Vous m’étonnez ! dites ma chère,

Comment la chose se passa ?

– Eh ! mais voici tout le mystère,

Monsieur, c’est qu’il recommença. »

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François - Félix NOGARET (1740 – 1831)

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Et si cela vous dis, L'avocat poussé à bout est à écouter sur podcast ! je n'ai pas pu résister...


jeudi 28 mai 2009

Jeux de miroirs

Hier, au cours de ma promenade au travers des blogs, je suis tombée sur une photo qui se trouvait dans Le cabinet de curiosité. Alors je ne résiste pas, je vous la montre à mon tour, avec d'autres.

Ce qui me plaît ? le jeu des miroirs bien sûr. Le côté pile et le côté face de l'affaire. Si des dessinateurs étaient intéressés par l'idée, je serai très curieuse de voir le résultat.

Ce qui me plaît nettement moins, je vous laisse deviner en regardant la demoiselle en question... surtout après le billet Nues d'aujourd'hui !

(cliquez sur les photos pour les agrandir)

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Il n'y a rien à faire, sur les deux premières photos j'ai l'impression d'être devant une imitation de femme. Un être inexistant, créé de toute pièce. Et c'est dommage ! car je trouve l'idée de cette mise en scène excellente.

samedi 11 avril 2009

Prendre son pied

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En toute occasion il est bien de savoir apprécier les bonnes choses de la vie. Les difficulté surmontés nous donnent ainsi encore plus de cœur à l'ouvrage pour la suite. Enfin, si l'on sait savourer la lente progression.

Mais pas facile tous les jours de savoir par quel face attaquer !

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Ni par quel bout l'attraper...

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Mais une chose est certaine, le jeu de la séduction, lorsqu'il est bien orchestré, c'est le pied.

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- Dis donc ma fille, ce n'est pas un peu simpliste tout ça là ?

- Silence. Je prends mon pied.

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Signé : Fetichist-girl

samedi 4 avril 2009

Terrains de jeux, tout-terrain !

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Le corps, ce vaste territoire, ce terrain de chasse pour certain(e)s, ce paysage magnifique et essentiel à protéger pour d'autres, est en pleine mutation. Il est donc temps d'observer cela de plus près.

Le corps rampe de lancement ?

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Piste tout terrain ?

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Observatoire du mont pelé ou domaine de la bourse ?

Et voilà ce qui arrive à force de spéculer, à force de cultures intensives, l'aridité gagne du terrain, les zones désertiques s'intensifient, la disette approche à grands pas... (je ne pouvais pas la rater celle-là, désolée)

Utilisez nos produits biologiques sans engrais ni pesticides, pour le respect de la nature, le respect de notre environnement. Récolte saine garantie ! sans effets secondaires néfastes pour notre organisme.

Mais... notre avenir dépend-il de la Chine ?

jeudi 2 avril 2009

Erotic-macro-photos

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Erect

(cliquez sur les photos pour les agrandir)

Aller, un peu d'humour, de légèreté et de coquineries suite au billet d'hier sur ce que j'appelle ces épouvantables photos de femmes, cela ne peut que nous faire du bien !

Changer d'angle de vue, c'est bien connu, cela donne de nouvelles perspectives. Le verbe voir peut donc se comprendre très différemment suivant les cas observés, et c'est ici tout ce qui nous intéresse.

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Nippel

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Mirabelle bottom

Enfin pour finir, une sorte de jeu des devinettes avec un lien tout ce qu'il y a de savoureux et farfelu, merci à Jean et à Tatum : GALUMPIA.

On a toujours besoin de se laisser aller après des moments pénibles...

mardi 3 mars 2009

Attrape-moi si tu peux !

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Tomi Ungerer (cliquez sur l'illustration pour l'agrandir)

En commençant ce billet, je me disais que j'allais l'appeler la revanche de la mère grand. Je trouvais amusante cette image de la grand-mère prenant le dessus sur le loup. L'inversion des rôles, un peu comme dans la vidéo précédente sur la prise de pouvoir du chaperon rouge sur le loup.

Je trouve toujours intéressant de voir des personnages là où on ne s'y attend pas. Comme dans la vie, les choses ne sont pas toujours là où nous les attendons, là où nous voudrions qu'elles soient.

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Tex Avery mariant la grand-mère nymphomane et le Loup. Fin supprimée du film Red-Hot Riding Hood.
D'après le photogramme en noir et blanc du livre de Patrick Brion (Tex Avery - Éditions du Chêne)

Et puis, de fil en aiguille, à force de recherches sur ce loup et ce petit chaperon rouge, me voilà devant deux autres vidéos de Tex Avery.

La première : Swing Shift Cinderella (1945)


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La deuxième : Little Rural Riding Hood (1949)
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Et là, je ne peux qu'avoir une grande tendresse pour ce loup, pour ces loups ! ne maîtrisant plus rien dès qu'ils sont en présence de celle... qu'ils ne peuvent avoir. 

Tordus les loups ? Tordus les petits chaperons rouge ?

Finalement, la revanche de la mère grand c'est un début, mais le jeu du attrape-moi si tu peux n'a pas d'âge et là, nous savourons tous.

Lien avec L'ingénue... petit chaperon rouge.

lundi 9 février 2009

Jeu des représentations érotiques

Le jeu dans l'érotisme, et le jeu dans la représentation érotique par Anthony Christian, ou, quand un artiste d'aujourd'hui fait parler les vieux maîtres comme Léonard de Vinci, Michel Ange et Van Eyck, etc... (voir lien site).

Cliquez sur les illustrations pour les agrandir.

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Rien que de très banal sur cette toile représentant les époux Arnolfini (Jan Van Eyck *), vraiment ?

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Et en y regardant de plus près...

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N'est-ce pas là le chevalier Bayard ?

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La pureté de la virginité.

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Œdipe en pleine réflexion, admiration (inspiré de Ingres**) ?

Et que fait donc Psyché (inspiré de François Gérard ***) !

"Rien n'est plus mystérieux que nos raisons d'aimer : qu'est-ce qui motive notre choix ? Qu'est-ce qui dirige nos recherches ? Y a-t-il même des recherches et un choix ? Ou seulement le hasard de l'espièglerie des dieux... " Jean Simard.

mercredi 28 janvier 2009

Jeux d'enfants

La question pourrait être : Quand on se trouve enfermé dans un jeu, comment fait-on pour en sortir ?

Une vie entière pour se dire "je t'aime". 80 ans pour démarrer une histoire d'amour. Et tout ça à cause d'un jeu. Ou peut-être grâce à un jeu. Sophie et Julien ont défini les règles du jeu. Ils en sont, pour le restant de leurs vies, les arbitres et souvent les victimes. "Cap ou pas cap ?" "Cap ! Bien sûr ! " Ils sont cap de tout : du meilleur comme du pire. Bafouer tous les tabous, défier tous les interdits, braver toutes les autorités, rire, se faire mal. Cap de tout !? sauf, peut-être de s'avouer qu'ils s'aiment. Ce jeu commence avec un pari innocent : un pari afin d'oublier que Maman est gravement malade, afin d'oublier quand toute la classe te traite de sale polak. Et quelques paris plus tard, le jeu devient ce qu'il y a de plus beau, de plus fort dans la vie des deux enfants. Ils jouent, ils s'aiment ? Le jeu, l'amour ? L'amour, le jeu : finalement c'est tellement plus simple d'être ami. Et ainsi la vie passe, le jeu reste, de plus en plus intense, comme la passion. Et chaque fois qu'ils se répondent "Cap !", ils se disent "Je t'aime plus que ma propre vie". "Plus que ma propre vie ?" "Cap !"

C'est l'histoire de ce film (sortie au cinéma en 2003) de Yann Samuell avec Guillaume Canet et Marion Cotillard - dont extraits sur la vidéo ci-dessous -, film que je n'ai jamais vu (encore un de plus...) mais dont les extraits m'ont secoués.


Jeux d'enfants (extraits)

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